Le chauffeur et nous

Il essaya de nous rouler dans la farine

Le chauffeur menaça, le militaire négocia ;  intraitables, nous réclamions nos droits

100-5743.jpgCraignant les affres de la redoutable grève des chauffeurs, nous dûmes voyager nuitamment. Le voyage se déroula sans heurt jusqu’à ce nous arrivassions à l’entrée de Dakar plus précisément à Bountou Pikine « Entrée de Pikine » où le chauffeur laissa entendre que le trajet s’arrêterait à la Patte d’Oie. Une décision prise de manière unilatérale et une décision non moins contraire  au contrat nous liant tacitement à l’apprenti qui, au moment d’embarquer convoya nos bagages à l’arrière du bus, place réservée aux sacs dont les propriétaires continuaient jusqu’au terminus : Colobane.

  Sentant que son forfait n’était pas du goût des passagers, il insista quand même malgré une opposition tantôt molle, tantôt vigoureuse des concernés. Le bus se vidait, d’arrêt en arrêt, de ses clients ; il en restait, à peu prés, une trentaine. Une fois à la Patte d’Oie, le bus s’immobilisa d’une part parce qu’il y en avait qui étaient arrivés à bon port et d’autre part parce que le conducteur voulait mettre à exécution sa « menace ».

Sûrs, de nos droits, nous étions déterminés à ne descendre du bus qu’au garage Colobane car pour nous, un contrat était toujours un contrat. Vu sous cet angle, il n’y avait même pas lieu de polémiquer là-dessus. A côté de nous, un client en polo beige à l’effigie de Mercedes ne nous quitta pas des yeux, se demandant sûrement qui nous aurions pu être pour faire montre d’une telle détermination. Nous demandions aux autres clients de garder leur calme.

Le chauffeur était donc à moins d’une dizaine de mètres du bus à droite, à quelques pas d’un jardin facilement repérable le jour. Un homme long de taille, en tenue militaire négociait avec lui pour qu’il nous acheminât à Colobane. Les pourparlers duraient et nous perdions patience. Le militaire n’avait eu gain de cause. Il était à l’origine d’une grosse désillusion. Autant le dire, la plupart des clients pensaient que le militaire résoudrait le problème, du fait de son seul uniforme. 

A malin, malin et demi : Nous sortîmes du bus et prîmes, dans le noir, quelques photos du bus. Les échanges étaient houleux. Des clients s’emportaient alors que le militaire essayait de calmer la situation. Ne voulant point verser de l’huile sur le feu, nous disions au chauffeur en mode été avec son débardeur blanc qu’il se devait de remplir sa part du contrat.

Qui vous a promis de vous mener à Colobane ?  déclara le chauffeur. N’est-ce pas l’apprenti ? Il poursuivait : vous savez qu’il y a une grève des transporteurs depuis minuit, à supposer que j’aille à Colobane je devrais retourner à Fass Mbao seul dans ma carcasse. 

Nous lui disions que ce n’était pas notre problème, qu’il irait à Colobane. Les tergiversations étaient telles que nous mîmes à exécution notre dernière carte : la police. Tu vas remettre en marche ton bus  avant que nous n’ayons recours à la police.

-          La police, quelle police ? Qui a peur de la police ? Appelle-la, on verra.

A peine, nous eut-il apporté cette réplique, qu’il rejoignit son siège et nous conduisit à Colobane.  Durant tout le reste du trajet, personne ne parla presque : le climat était assez lourd. A notre arrivée, le chauffeur n'eut même pas droit au petit mot à la signification incommensurable : Merci. Il ne nous restait plus qu'à rendre grâce à Allah. Alhamdoulilah !                                                      

Diallo Ibnou                                                                                

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