Chronique dix neuvième

Le receveur et la cliente

Passion quand tu nous tiens : échanges houleux entre le receveur du bus et la passagère

Dans un bus de la ligne 6 du réseau de transport urbain Dakar Dem Dikk, il y eut un incident à mettre sur le compte de la passion. Le bus venait de quitter son point de départ et/ou terminus : Palais 2 ; il  se remplissait de clients au fur et à mesure que nous avancions.  Dire que certains clients s’adonnaient même à une véritable course, quitte à se faire mal, juste pour avoir droit à une place assise gage de sérénité durant le long trajet : Palais-Cambèrène pour les partisans de « la totale ».

bus-sunlong.jpgA l’arrêt de bus situé en face de la BCEAO sur le boulevard De GAULLE, il y eut plusieurs clients qui rejoignirent  le bus. Celui-ci était presque plein à craquer : ceux qui ne pouvaient pas se déplacer pour se payer le ticket du transport envoyaient l’argent en attendant leur sésame.

Tout d’un coup, nous entendîmes une dame élever la voix. Elle s’en prenait au receveur qui avait tantôt demandé à une jeune fille de teint clair, apparemment très mal en point, qui s’était assise sur un siège de fortune : un seau. Elle s’était mise sur le couvercle du seau et s’était adossée à une barre jaune en fer. 

La dame était en mode boubou rouge assorti d’un pagne blanc, elle portait son bébé de moins d’un an dans ses bras. Elle prit sur elle la responsabilité de défendre la fille à laquelle on venait d’intimer cet ordre.

-Cette fille ne quittera pas cette place où elle est assise ; quand bien même elle se serait levée, je m’y mettrais. Dans la vie, on ne peut pas tout contrôler. Qu’est-ce que ça  te coûte qu’elle se mette ici car n’ayant pas de place.

Nous sentions qu’il y avait une dose de vérité dans ce qu’elle disait et que le bon sens pouvait faire que nous comprenions facilement ce qu’elle disait, la cause qu’elle avait décidé de défendre.

Mais nous n’étions pas d’avis qu’il faille crier alors qu’il s’agissait, en quelque sorte, d’une faveur.

Sur ce, nous lui demandâmes de baisser le ton car le receveur faisait son job et que le dernier mot lui revenait.

A dire vrai, elle se foutait pas mal de ce que nous lui disions. Elle nous rétorqua : ce bus est le nôtre. Je suis une habituée des bus et c’est la première fois que j’entends de telles idioties.

  Alors que nous étions à l’arrêt de la place de l’Obélisque, le receveur qui portait une casquette à l’effigie de la SENELEC, un maillot bleu du  club de foot Chelsea et un pantalon treillis militaire, appuya plusieurs fois sur la demande pour signaler une anomalie au chauffeur. Non content de son geste, il quitta son siège (sa cage diront les mauvaises langues) et demanda au conducteur de stationner ;  ce que celui-ci fit sans problème.    

Nous étions au fait des risques encourus dans ce genre de situation. C’est pourquoi nous prîmes la résolution de céder notre place à la jeune fille qui faisait l’objet de vives polémiques. Pour nous, la passion n’allait rien résoudre, on allait perdre énormément de temps pour des histoires d’égo. Et puis, nous étions à quelques encablures de chez nous.

Décidément, il y en a qui n’ont pas compris le sens de l’expression transport en commun.  

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