Chronique dixième

Les cars rapides au Sénégal

102-3961.jpgLes cars rapides, « rapo » ou « rap’s » :

Les cars rapides font partie du décor local. A l’intérieur le décor auquel nous assistons est assez particulier : les conducteurs ne lésinent pas sur les moyens pour rendre attrayant leur car. Nous pouvons y voir superposés pêle-mêle des photos aux formats différents de chefs de confrérie, de marabouts ; de joueurs de football, de lutteurs, de musiciens. Nous y voyons parfois leur propre photo posant à côté du car qu’ils auraient repeint. Ces cars rapides sont multicolores. Toutes les couleurs y passent, des plus vives aux plus sombres. Citons-en quelques unes : bleu, jaune, blanc, vert, rouge, marron, beige, rose, orange, gris, etc.  Tous types de messages sont inscrits toujours à l’intérieur avec des fautes qui vous feront ricaner. Rassurez-vous, l’essentiel étant de se faire comprendre.  Alors, ne vous aventurez pas à les corriger.

On peut s’adosser à la roue de secours si on se met à côté du chauffeur, ou poser les pieds sur ladite roue si celle-ci est mise à l’arrière. Autre particularité dans les cars : on peut y retrouver un miroir qui fait office de rétroviseur. On peut même y voir compilés des tasses vides initialement utilisées pourvoir du café de Touba.     

 Lundi après midi, pour rentrer chez nous; nous décidâmes de changer de décor  et de confort. Pour cela nous prîmes devant la FASTEF un car rapide pour employer l’expression consacrée. Paradoxalement, on écorche le mot en prononçant souvent « rapite ». Nous sommes restés aux sièges jouxtant l’entrée du car, à droite, laissant aux autres clients le soin de s’asseoir presque confortablement au « salon ».

Le lieu où nous nous trouvions, constitue un point de départ à destination des Parcelles Assainies par le détour de Grand Dakar- Niary Tally- Ben Tally, Copé- HLM.

A peine le car eut-il roulé sur quelques centaines de mètres que l’apprenti, ayant eu précédemment à convoyer les clients à bord, quitta sa place habituelle pour récupérer le prix du transport. Celui-ci est très abordable : il varie entre 5O F, 150F et 200Frs. Ce moyen de transport est très conservateur : tout se faisant dans l’informel : pas de ticket encore moins de souche. 

Nous n’avons point besoin de rappeler la politique du régime de Wade qui consistait à renouveler le parc automobile, d’où l’arrivée des minibus TATA et KINGLONG.

        Aux premiers feux de stationnement sis à l’intersection Karack-Bourguiba-Amitié, le chauffeur bifurqua à droite, traversant presque en diagonale la station Oilybia pour prendre l’une des deux voies menant au point E. A cet instant précis, l’un des apprentis secoua violemment la porte du car pour indiquer au chauffeur qu’il fallait attendre son camarade. Le conducteur se gara net sur la voie avant de descendre pour s’enquérir des nouvelles de son apprenti retenu par deux clients qui, étant désagréablement surpris par le changement d’itinéraire sans préavis, réclamaient un remboursement de leur argent. La situation dégénéra jusqu’au premier degré, avec de vifs échanges de propos. En effet le chauffeur, au lieu de régler les choses, est venu attiser le feu n’hésitant pas à insulter les clients pourtant lésés. Ils ont failli en venir aux mains tellement la polémique aura été vive. La situation serait tout autre, n’eût été l’intervention de trois autres clients qui avaient quitté leur place pour jouer aux bons offices. Révélons un secret de polichinelle les chauffeurs et apprentis de cars rapides sont réputés incorrects au Sénégal.

Le voyage repris son cours après cet incident. Nous passions, à présent, par le quartier Amitié 3 pour contourner le bouchon du carrefour Score- Bourguiba-Sicap rue 10. Une jeune fille de teint noir, taille fine, la vingtaine environ, avec de grosses boucles d’oreilles noires, n’ayant pas pu trouver une place assise, se mit debout, tout en s’adossant à l’une des parties de la portière arrière ; la main droite tenant solidement la barre de fer prévue à cet effet, pour ne pas tomber au cas où il y aurait secousse sur ces chemins cahoteux par moments. Lorsque l’apprenti officiel lui demanda sa paie tout comme il l’avait fait avec les autres. Elle refusa et promit de s’acquitter de son ticket quand elle s’assiérait. Ce que son interlocuteur comprit sans problème.  

      Deux insolites que nous n’oublierons pas de sitôt : un jour alors que nous avions pris un car pour nous rendre à l’université Cheikh Anta Diop. Nous trouvant dans la cabine réservée au chauffeur nous eûmes droit à un fait exceptionnel. Pour se payer du carburant, le chauffeur nous avait demandé de poser notre pied sur le frein, histoire d’immobiliser le car afin qu’il puisse ouvrir le réservoir et contrôler son approvisionnement. Nous étions à la station d‘essence TOTAL, non loin du complexe Le Relais, sur l’avenue Cheikh Anta Diop.

Autre car, autre insolite : A partir de Yarakh, nous nous trouvions à bord  d’un car. Fait inédit : les freins étaient défectueux. Ce que nous comprîmes après coup. Il aura fallu que notre chauffeur cascadeur percutât légèrement d’autres voitures. A chaque fois, il n’hésitait pas à s’en prendre aux autres, en leur imputant la responsabilité du léger choc.

M. Diallo Ibnou

Chroniqueur

Chronique d'un usager des transports en commun

  

 

 

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Date de dernière mise à jour : mercredi, 24 Avril 2013