Chronique onzième

Le vendeur de brochures et nous dans le bus

sur-ibnoze-009.jpgNous nous étions promis de ne pas répondre à la provocation. En Août 2011, un agent des Impôts Domaines nous avait insultés. A l’époque, nous avions porté plainte à la Police de Dieuppeul muni du numéro de sa plaque d’immatriculation. Hélas, cet après midi nous avons failli. Nous allons dérouler le film des événements pour vous permettre d’apprécier.  

Mardi 09 Avril 2013, il est 17 heures et un quart lorsque nous prîmes le bus, presque neuf,  de marque SUNLONG, plus précisément la ligne 9.  Nous nous trouvions en face de la BCEAO sise non loin de la RTS. Une fois dans le bus, nous montrâmes notre carte de transport Dakar Dem Dikk au receveur avant de nous diriger vers la cabine du chauffeur. Le bus n’était pas bondé de monde.

Nous étions à hauteur des allées du Centenaire transformées  en marché exclusif réservé aux produits de qualité inférieure d’origine chinoise, lorsque nous aperçûmes le vendeur de brochures qui avait fait l’objet d’une de nos chroniques intitulée : voyage inédit.   

Très en verve, il servait aux clients du bus la même recette c’est-à-dire celle dont nous avions fait état, à l’occasion de ladite chronique. Il rappelait qu’il était erroné de dire : Ministre de la Fonction publique, Ministre du commerce, ENAM, appel en absence, amener le sujet, etc.

Nous l’écoutions, non sans tenter d’immortaliser son allocution avec notre enregistreur. Il se vantait d’être un savant dépassant de loin les universitaires. Il soulignait même que ses brochures se trouvaient à l’Université PANTHEON-ASSAS de Paris et à Cambridge en Angleterre.

  Moins d’une dizaine de minutes plus tard, nous nous trouvions à l’arrêt de bus du lycée des jeunes filles John Fitzgerald Kennedy. Il nous interpella indirectement, en affirmant qu’il était un savant n’ayant pas besoin des ouvrages des grands noms de la langue française.  Il affirmait être aux antipodes des jeunes professeurs aux connaissances livresques après avoir aperçu un pan de l’anthologie de littérature dont le classeur noir que nous avions à la main droite, dévoilait le titre de la collection dirigée par Hélène Sabbah.

Il se déplaça vers nous, toujours par ricochet, pour faire remarquer qu’il avait, par l’intermédiaire de ses brochures, apporté des solutions aux maux du système éducatif. Bien avant le pré rapport de la CNAES pilotée par l’éminent Professeur Souleymane Bachir Diagne. Nous nous sommes permis de rire sous cape quand il soutint que ses seules brochures avaient permis à des élèves d’avoir de très bonnes notes  18 au lieu de 20.

Il voulut échanger avec nous en se plaçant à deux pas de nous. Il essayait, ainsi, de jauger à  leur juste valeur nos capacités, tout en sachant qu’il ne pourrait aucunement avoir droit à une série de questions / réponses avec nous.

Nous lui demandâmes de faire preuve de retenue, de revoir sa copie car tous les Sénégalais n’étaient pas nuls et qu’il pouvait bel et bien vendre ses produits sans se servir de ce seul fond de commerce : le bas niveau des uns et des autres.

Les autres clients nous demandèrent, alors que nous étions devant l’Inspection d’Académie de Dakar,  de nous taire, de ne pas le suivre en polémiquant avec lui. Nous leur signifiâmes que nous nous étions promis de nous retenir, de ne jamais nous donner en spectacle dans un bus. Mais que c’était plus fort que nous. Nous leur indiquions l’adresse du site où ils pourraient trouver cette promesse. A cet égard, nous remîmes notre carte de visite à deux clients qui en réclamaient afin qu’ils visitassent le site.

Nous nous tûmes au bout de deux minutes, le laissant se diriger vers le receveur à la recherche d’autres clients.

Une ancienne élève A. A. Bâ Thiam qui se trouvait dans le bus nous demanda, après coup, de l’ignorer dans la mesure où nous réussissions avec brio la mission que nous nous étions assignés dans le domaine des études ; que nous  n’avions pas à nous sentir concernés. Elle renchérissait «  ce gars entretient un complexe de supérieur vis-à-vis des autres ». Partant de là « il ne méritait que le mépris ».         

Pour cette fois-ci, nous avons mordu à l’hameçon en prenant part à ce débat de bas-étage. Alors que nous pouvions,  entre intellectuels, rendre service au public présent dans le bus.

M. Diallo Ibnou

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Date de dernière mise à jour : mercredi, 24 Avril 2013