Déplacement inédit

Ni...ni.../ Vendeur de brochures

Vendeur de brochures à la criée trop suffisant.

Qui n’a pas, ne serait ce qu’une fois,  rencontré lors d’un déplacement à bord d’un bus DDD ce vendeur de brochures pas comme les autres ? Mardi après-midi voilà que nous partageâmes avec lui le même bus. Cet homme-là cinquantenaire environ ; cheveux poivre et sel, était habillé d’un jean délavé  assorti d’une chemise rouge et  des chaussures de ville de couleur noire. Du rond-point Sahm  à la zone A, il aura tenu en haleine  tous ceux qui étaient dans le bus. En bon agent marketing, il mettait à nu le bas niveau des élèves, étudiants et professeurs  d’université.

Menant à bien sa pub, il présentait le sommaire des quatre brochures qu’il détenait par devers lui, tout en indiquant le prix de chaque : 200f (il avait, à cet effet,  un sac à dos avec de petites languettes qui renfermait sa marchandise).

Sa technique de vente consistait à prendre à témoin sinon son vis-à-vis immédiat, du moins celui qui s’intéresserait à son produit. Ainsi, il lui présenterait la phrase où l’expression truffée de fautes avant de lui demander le bon emploi. Si son interlocuteur était incapable de donner la bonne réponse, il le lui présenterait volontiers.

Faisant preuve de subtilité, il ignora volontairement le glissement sémantique qui pourrait faire qu’on utilisât le sens figuré.  Il s’en est pris, d’une part, à ceux qui disaient « j’ai reçu un coup de fil », en parlant de communication téléphonique. Selon luiquelqu’un qui a reçu un coup de fil est plus préoccupé par les séquelles  liées à cette maltraitance plutôt que de le rapporter. D’autre part,  il  soutenait que l’expression « effacer le  tableau » était incorrecte. En servant la réponse, il cria haut et fort que ledit tableau ne s’efface pas qu’on efface plutôt les écritures. Sur ce point précis, il remet en question la métonymie qui devrait faire que selon un rapport logique on emploierait un terme à la place d’un autre. (On se référera aux figures de style ou de rhétorique, au cas échéant).

Suffisant, il l’était. Il dira qu’il fallait mettre à son actif l’appellation ENA à la place de « ENAM » car soutenait-il toujours dansl’administration se trouve incluse la magistrature. Ce sur quoi nous étions tous d’accord.

Ce vendeur atypique avait-il besoin d’un contradicteur alors qu’il  était en terrain conquis ou d’un approbateur ? Nous ne doutons point de ses aptitudes. Son acte est méritoire, loin s'en faut. Seulement  ...

Notre question est la suivante : a-t-on à chaque fois,  vaille que vaille, besoin de parler tel un académicien ? Notre réponse est non. Sinon la langue ne serait parlée que par une certaine élite.

Simple fait, pas du tout anodin, il n’avait pas manqué, en remerciant le chauffeur, de lui offrir un exemplaire. Est-ce une forme de corruption ou le prix à payer pour opérer en plein bus.

Ni déclencheur de polémique, ni donneur de leçon

Dans le cadre de cette chronique, nous ne serons ni déclencheur de polémiques, ni donneur de leçons. Nous nous contentons d’observer pour ensuite analyser. Pour cela, nous faisons preuve de retenue dans ces espaces réduits où se rencontrent des clients d’horizons, de professions, de cultures et de mentalités différents. Vous seuls, mes chers lecteurs, avez le privilège d’apprécier ce qui s’y passe.

 

Chronique 7. Chroniqueur et vendeur

Diallo Ibnou

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : mercredi, 06 Mars 2013