Dix septiéme chronique

Bienvenue à Saint Louis, au bout du compte !

Pour avoir droit à ce message, il nous aura fallu, pour cette fois-ci, nous réveiller tôt, très tôt même. Spectacle inhabituel : dés 5 heures du matin, la place Champs des courses jouxtant la Banque de l’Habitat du Sénégal (à quelques jets de pierre de la RTS) fut prise d’assaut.

sur-ibnoze-le-29-mars-2013-026.jpgDans le noir, chacun essayait de tirer son épingle du jeu. Il y eut une longue file d’attente, juste pour acheter le ticket. Des dispositions particulières de sécurité devraient être prises d’où cette mise en garde que nous servit un vieux, en cours de route : Prenez soin de vos bagages. Des voleurs vous guettent sans que vous ne le sachiez. La consigne était la suivante : se déplacer avec son sac, valise et colis  au fur et à mesure qu’on s’approchait de l’agent de la société Al Azhar communément appelée « carou serigne bi, le car du marabout ».

Pour ainsi dire, on se soumettait, volontiers, à une véritable torture pour aller fêter l’Aid El Fitr ou Korité en famille. Nous restâmes 45 minutes debout pour avoir droit à un ticket. Sous une tente, alors qu’il avait commencé à pleuvoir une petite torche accrochée l’on ne sait vraiment pas où, procurait une lumière pour la bonne marche des inscriptions. Sous cette pluie battante, les clients, en partance pour l’ancienne capitale de l’Afrique Occidentale Française ou Dagana, espéraient bénéficier d’une place « confortable ». Cette pluie fut salvatrice car les passagers étaient maintenant autorisés à rejoindre les bus, sans ticket. Ces guillemets montrent la pénibilité des voyages à bord des bus étant donné que les moindres espaces sont transformés en places de fortune appelés « versailles ».           

Il y avait pas moins de huit bus stationnés un peu partout dans cette impasse menant vers la Commission Electorale Nationale Autonome.

Nous quittâmes Dakar à 7 heures. Il n’y eut point d’embouteillage. Ce qu’il fallait mettre à la faveur du cadeau ou ndéweneul que M. Macky accordât aux usagers lors de l’inauguration de cette nouvelle autoroute chère à Maitre Abdoulaye Wade qui nous coûte chère, en temps normal, c’est-à-dire en dehors de ces 3 jours offerts.

Ils étaient nombreux à passer pour la première fois sur cette autoroute depuis son ouverture. Un incident brisa les ardeurs de notre jeune chauffeur. A la gare de péage de Diameguene-Diaksao( après celle de la Poste de Thiaroye), un agent de la société SENAC SA, exploitant l’infrastructure, induisit en erreur notre chauffeur. D’un signe de la main, il lui indiqua qu’il devait se rabattre sur la droite. Notre jeune chauffeur exécuta et en fit les frais. La voie en question, qu’il avait prise était bloquée. Sur ce, intervint un jeune gendarme qui n’aura pas besoin d’explication.          

Sa seule recommandation consista à récupérer la carte grise de la voiture et le permis de conduire dudit chauffeur. Celui-ci mit du temps pour lui  expliquer ce qu’il en était.

Le gendarme fit son intéressant. Ayant récupéré les papiers, il se mettait à plus d’une quarantaine de mètres du bus n’écoutant pas les explications du conducteur accompagné d’un des clients.

Nous perdîmes ainsi une vingtaine de minutes. Ne pouvant plus contenir sa colère, un vieux avec sa barbe d’un jour et sa moustache, en mode relax : chaussures de sport, chemise et pantalon drill anima notre car.  Selon lui, le jeune gendarme ne devait pas être inhospitalier avec de grandes personnes debout depuis le petit matin. Une telle indiscipline lui causera, s’il n’y prend garde une mort précoce. Mais tout est de la faute du « vigile » à la fausse consigne, conclut-il.         

L’incident fut clos. Les pièces récupérées, le chauffeur avait « dealé » : il transportait en guise de surnombre un agent de la SENAC SA.

A la sortie de Thiés, un coup de volant nous sauva d’un choc avec une voiture « 7 places» dont le chauffeur voulut rejoindre la chaussée sans précaution préalable. Nous eûmes chaud. Tout au long du voyage une scène prima toutes les autres : il s’agissait des coups de tête donnés à gauche et à droite par des clients qui somnolaient ou dormaient, tout bonnement. Voyager à pareille heure avait bel et bien un prix.

Après moult hésitations, le chauffeur s’arrêta à Tivaouane, avait-il droit à un bon ou n’en avait-il pas droit ? Le fait est qu’un groupe de femmes, plus de cinq, qui vendaient des sachets de mangues, s’invita au voyage. Elles agressaient, ni plus ni moins les passagers en proposant des prix défiant toute concurrence. Si la plupart d’entre elles proposaient le sachet de mangues à 500f, une autre vendeuse quant à elle ne réclamait que la même somme  pour deux sachets de fruits ; offre somme toute alléchante. La qualité y était-elle ? Nous ne saurions le dire.

 Elles criaient et ne se préoccupaient point des menaces du conducteur qui leur demandait avec insistance de quitter le bus jusqu’à ce qu’il soit obligé de mettre à exécution sa menace. Il appuya sur l’accélérateur et elles sortirent finalement du bus.    

A Mpal, un gars entra subrepticement dans le bus. Sans protocole, il commença à déclamer des litanies. Le début fut timide. A cet instant, il chantait les louanges des guides de la Tidianya. Un accent particulier fut mis sur le rappel à Dieu de Mame Abdou Aziz Sy Dabakh (RTA). Tout d’un coup, il demanda à l’assistance de donner des sous quand il mit en avant les mérites du prophète Mouhamed (PSL). Il y eut une pluie de pièces de 100 et de 50 francs. Comprenant que sa moisson allait être bonne, il enchaîna avec la famille mouride et la famille chérifienne. Pour mettre fin à sa prestation, il se présenta. Il décomposa son prénom Massamba en deux entités. Pour lui, « Mass » est essentiel pour les musulmans car le coran a été accentué ; au moment où « Bathie » constituait une étape incontournable dans la récolte du riz avec la moissonneuse batteuse.

A l’entrée de Saint Louis, un policier récupéra le permis du chauffeur et se dirigea derrière son bureau. L’apprenti du bus alla le rejoindre pour le corrompre, à l’abri des regards indiscrets. Outré car ayant compris la tactique, le vieux refait surface et cria haut et fort « à bas, corrompu. Pauvre policier, n’ayant même pas jeûné.»         

Fin

Diallo Ibnou

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 08 Août 2013