Avec le Dr Cherif Salif Sy au WARC

La qualité malgré la minorité

102-5276.jpg Un autre après-midi passé au Centre de Recherche Ouest Africain ( ou West African Research Center), dans le cadre d’une conférence initialement prévue à 15h30mn mais n’a démarré qu’à 16h03mn. On aura attendu le public 

pendant plus d’une demi-heure. Finalement, par respect pour ceux qui étaient venus à l’heure indiquée, les initiateurs de la rencontre donnèrent  le coup d’envoi.

 Nous étions un peu plus d’une vingtaine sous la tente du WARC : une minorité malgré la qualité du sujet. Est-ce à dire que ces questions, somme toute, intéressantes et d’une étonnante actualité  n’intéressent pas le grand public ?  Nous donnons notre langue aux chats.

 La conférence portait sur le thème Biens mal acquis, paradis fiscaux, secrets bancaires et  blanchiment, ces pratiques qui siphonnent les économies du Tiers-Monde.

  M. Séne Ousmane prononça le mot de bienvenue tout en ayant tenu à présenter la genèse de la rencontre. Il procéda ensuite à la présentation de M. Amath Soumaré, Président du Centre Africain pour la Nouvelle Economie.

 A sa suite, le président de séance Ambassadeur Seydou Nourou Bâ prit la parole pour insister sur le caractère légitime du sujet et sur le choix du conférencier. Il donna ensuite la parole à M. Soumaré qui présenta le conférencier Dr. Cherif Salif SyLa conférence put débuter après ces échanges de civilités.

102-5283.jpg Place au Dr Cherif Salif Sy : Un bel exposé

 Dés l’entame de ses propos, il campa le décor. Sa constatation est la suivante : en dépit de la souveraineté nationale recouvrée, des mécanismes de domination issus de la colonisation subsistent. Ceci du fait d’une entente tacite passée entre les anciens colons et les mouvements nationalistes les moins durs.

 Les capacités de nuisance de ces « élites subalternes » sont telles qu’elles ont ruiné nos Etats. Il montrera que malgré des campagnes de sensibilisation en vue de la restitution des richesses (matérielles et financières) accumulées sur le dos des peuples communément appelées Biens mal acquis se heurte à des obstacles, et non des moindres, juridiques, politiques sans compter la mauvaise volonté des pays d’accueil.

 Dans sa première partie intitulée  la criminalité financière, Dr Sy a tenu à établir les difficultés qui résideraient dans une tentative de définition sur le plan juridique d’un bien mal acquis (immeubles, bijoux, voitures, avoirs bancaires, etc.). Il apporta une précision de taille, en soulignant que personne ne connaît avec exactitude les montants. Nous pûmes, au travers d’un tableau, nous rendre compte des estimations faisant état d’une « véritable hémorragie financière » : les flux illicites de capitaux sont cinq fois supérieurs à l’aide publique au développement.

 Parlant des flux financiers illégaux, il insista sur le rôle des paradis fiscaux à   encourager  la grande corruption. Le secret bancaire aidant, tout y était possible. Des Etats à part entière ou des Etats dépendant d’autres sont cités :

plus d’une cinquantaine, d’après M. Soumaré.102-5282.jpg

 Se fondant sur le livre de MM. Jean Merckaert et Antoine Dulin, Biens mal acquis profitent souvent. La fortune des dictateurs et les complaisances  occidentalespublié en 2008, un autre tableau illustratif nous sera présenté. La conclusion coulait de source : entre les sommes astronomiques détournées dans les pays spoliés et les sommes dérisoires restituées par les Etats requis, il y a un fossé.  Toujours est-il que le travail et la lutte doivent être menés car rien ne saurait justifier des pratiques criminelles dénommées : trafic d’influence, rétro commissions, détournements de fonds, blanchiment d’argent, abus de biens sociaux, etc

 Un tel exposé aura le mérite de montrer à quel point le développement économique et social des pays du sud est plombé par les détournements de deniers publics.

Pour le secret bancaire, son analyse prouvera que l’évasion fiscale n’est pas un crime sous certains cieux. En Suisse, par exemple, seule la plainte pour fraude fiscale y était recevable. Un schéma permettra d’avoir une idée sur les interconnexions appelées « lessiveuse des biens mal acquis ».

 Il donnera les autres effets des paradis fiscaux que sont l’évasion fiscale, le blanchiment des capitaux, la corruption, les agences de sécurité et les pavillons de complaisance. Sa pertinente question paradis fiscaux, un fluidifiant du capitalisme ? lui aura permis d’invoquer la place de la fiscalité réduite dans le monde moderne.

 Dans la séquence dispositifs actuels de lutte contre la criminalité financière, il sera question des résultats mitigés obtenus malgré un arsenal juridique.

 Son exposé présentera aussi les étapes en vue de la restitution des biens.

 Dans la deuxième partie, il s’est intéressé à la dette des pays du SudIl prône un horizon de résistance collective car la dette du Tiers-monde est un des aspects, pour lui, les plus importants du transfert nord-sud. Cinq tableaux nous permirent de comprendre les montants de la dette odieuse (celle des régimes dictatoriaux) dans le monde.

Nous eûmes droit aussi à un bilan des remboursements de la dette extérieure publique,  depuis 1985.

 Dans sa conclusion, il dira que le principe du secret bancaire et la vacuité légale sont nocifs et il parait salutaire de les éliminer.  Nous tendons vers la suppression des paradis fiscaux de la part de la communauté internationale, lança-t-il,  même si certains considèrent la fiscalité réduite comme nécessaire au capitalisme.

 Après la conférence, le débat :

Le président de séance ouvrit une liste pour lister les intervenants. Nous vous proposons quelques interventions.

M. Pathé Diagne s’interrogera sur l’existence au Sénégal de système juridique et politique pour tacler de manière pertinente les détournements.

102-5281.jpg Me Papa Moussa Félix Sow avocat de l’Etat du Sénégal,  a d’abord félicité les différents orateurs avant de jeter les bases d’une réflexion : comment se fait-il que qu’au Sénégal les hommes politiques soient lus riches que les capitaines d’industries ?

Il pointa du doigt les conséquences néfastes du « masla » et de la corruption. Il s’est félicité du pas fait avec la création de l’OFNAC. Il est convaincu que les vrais débats actuels doivent prendre en compte les conflits d’intérêts.

 Son confrère Me Papa Khaly Niang avocat à la cour d’appel de Paris et Docteur en Droit et sciences criminelles loua la pertinence du thème. Il déplora un problème culturel au Sénégal qui consiste à admirer l’autre ; on s’intéresse à tout sauf à la provenance des avoirs.

 Il s’interrogera sur le travail des organes que sont l’I.G.E ou la Cour des Comptes qui n’ont pu endiguer ces 102-5285.jpgfléaux. Pour lui, un contrôle a priori doit être effectif. Il donna l’exemple de la France où il existe un défenseur de droit que tout citoyen peut saisir.

 Ayant pris la parole, le Député Moustapha Diakhaté pense qu’un véritable 102-5280.jpgcombat doit être mené contre la gouvernance prédatrice. Il renchérit en disant qu’il n’y a qu’un seul pouvoir fort (exécutif) et que les autres pouvoirs (judiciaire et législatif) étaient des vassaux. Toujours égal à lui-même, le parlementaire indiquera que l’assemblée doit avoir plus de pouvoirs et la justice plus indépendante.

 En répondant aux questions, Dr. Sy, ancien Directeur Général de l’ANCAR, démontrera la nécessité d’organiser ce genre de plateformes pour des échanges entre universitaires, chercheurs et intellectuels. Il nous invita à une indignation collective car l’Afrique est la seule région du monde contrôlée depuis cinq sièclesSa conviction est que les notions de bonne gouvernance et autres sont de nouvelles trouvailles du blanc afin que les pays pauvres réunissent les conditions pour rembourser la dette.

 Il voudrait qu’on promeuve nos valeurs séculaires"jom, gor, fula, fayda". Il est revenu sur une anecdote : après avoir  bénéficié des prières, son interlocuteur lui demanda  d’être endurant (en wolof nanga mugn). Lorsqu’il voulut comprendre son père lui dit les vertueux se sentent à l’étroit dans ce pays « ku fi jubb xat si deukk bi ». 

 Pour mettre un terme à cette séance son excellence Seydou N. Bâ lança un pays n’avancera que s’il compte sur ses compétences. Pour cela, on aura besoin d’une bonne dose d’autocritiques. 

 Sur ces notes, la conférence prit finLe régime actuel doit traquer, ne serait-ce que par devoir d’exemplarité. Ce qui ressort, tout de même, de ce conclave c’est qu’il gagnerait à ne pas déployer toute son énergie dans la traque. Comme pour dire qu’on ne met pas tous ses œufs dans un même panier.

 
 En rentrant nous eûmes le privilège de parcourir certains quartiers de Dakar  Fann à Fass en passant par Point E) à bord du véhicule de Me Sow qui aura demandé de reprendre nos activités au sein du Forum Civil. Il nous aura encouragé dans nos projets. Sans compter ces riches conseils reçus.

M. Diallo Ibnou

Quelques photos :

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Commentaires (1)

Cheikh Fatma Diop
  • 1. Cheikh Fatma Diop | vendredi, 14 Juin 2013
Merci Professeur! C'est comme si je n'avais rien raté! Dieu vous garde,vraiment !

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Date de dernière mise à jour : lundi, 29 Juillet 2013