Conférence de Lilian Thuram sur son livre Mes étoiles noires

De Lucie à Barack Obama.

Samedi 19 Juillet 2014 s’est tenue à l’UCAD 2 une cérémonie consacrée au livre de Lilian Thuram intitulé Mes étoiles noires : De Lucie à Barack Obama.

Nous eûmes droit à une belle prestation de l’atelier musical du Théâtre National Daniel Sorano durant cette fête de l’esprit comme l’a souligné le modérateur Abdoulaye Racine Senghor.

Cheikh Hamidou Kane, ancien Ministre était le Président de séance. M. Kane donna la parole au représentant du Recteur qui salua la contribution de Lilian Thuram au renouvellement des idées. Il souligna l’importance des étoiles de l’auteur qui n’étaient pas filantes mais brillantes au firmament du ciel. Il loua enfin la qualité et l’originalité de l’ouvrage retraçant la vraie histoire des hommes et des femmes noirs.

Nous eûmes droit ensuite à l’allocution de M. Seydou Nourou Diagne  Directeur des éditions Papyrus Afrique. M. Diagne réaffirma son engagement à publier essentiellement en langues nationales. Il présenta l’alliance internationale des éditeurs indépendants regroupant douze maisons d’éditions ayant permis la vente du livre sous le label Le livre équitable à 3000 francs exclusivement en Afrique et en Haïti.

Cheikh Hamidou Kane nous gratifia d’une intervention de haute facture. L’auteur du classique L’aventure ambiguë rappela sa découverte du long poème d’Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal qui lui apprit à ne pas se laisser entrainer dans la noirceur. Nous étions à l’actuel lycée Lamine Gueye, mes camarades ( Abdoulaye et Moustapha Wade, Amadou Makhtar Mbow, etc.) et moi , nous nous passâmes le Cahier d’un retour au pays natal, le dévorâmes, le récitâmes rappela M. Kane. Il félicita M. Seydou Nourou Diagne pour son combat courageux, désintéressé et sa pugnacité et ne manqua pas d’encourager Lilian Thuram pour son travail remarquable.

Pour Iba Der Thiam le label du livre équitable fera date dans l’histoire de l’édition. M. Thiam fera ressurgir le sens du combat incarné par Cheikh Anta Diop pour libérer l’homme noir de la servitude intellectuelle. M. Thiam précisa qu’il y a une grande tâche consistant à une désaliénation du peuple noir à travers les hommes, les femmes, les  politiques, les syndicalistes, les jeunes, les artistes, les intellectuels, etc.

Il a rendu hommage à Thuram d’une part pour le travail monumental effectué dans un style sobre et d’autre part pour sa fidélité au message de Césaire et Frantz Fanon. M. Thiam ajouta que la jeunesse africaine a besoin de modèles, de références à l’image de Thuram qui ne s’est pas contenté de dire « j’ai réussi, ça me suffit, je ne m’occupe pas du reste ».

La conférence de l’auteur débuta un peu après 11 heures. Lilian Thuram ne cacha pas son émotion. M. Thuram dira avoir voulu interpeler la société eu égard au racisme qui constitue une violence extrêmement négative faite aux gens. Il affirma ne pas vouloir proposer au racisme un autre type de racisme. Au bout de quelques minutes, il invita un jeune garçon à venir le rejoindre et lui demanda de lever la tête, de montrer qu’il est beau car la couleur de la peau ne détermine en rien les qualités et les défauts des uns et des autres.

Pour Thuram l’esclavage fut à l’origine de l’occupation d’un imaginaire. Son objectif à travers cette invite consistait à comprendre le pourquoi des préjugés négatifs, entre autres : noir, ancien esclave. Il comprit qu’il lui fallait acquérir des connaissances pour ne plus être dans une posture de victimisation.  Lilian Thuram ajoutera qu’il y a un travail à faire dans chaque famille pour que le jeune noir ait une bonne estime de lui-même.

Il en venait ainsi au pourquoi du livre et insista sur une séquence. En effet, Thuram invita l’assistance à ouvrir la page où se trouvait l’image d’une carte mise à l’envers. Cette position est faite à dessein car, selon Thuram,  un parti pris manifeste  a conduit à mettre, par pure convention, l’Europe au centre et en haut alors que l’Afrique se situe en bas.

Thuram évoquera aussi la question de la langue officielle qu’est le français au Sénégal. Il considère cette langue comme principale difficulté à la grande majorité du pays. Dans cette lancée, il suggéra un retour aux langues nationales pour tirer le meilleur de chaque Sénégalais.

Lilian Thuram reviendra sur sa conception de l’estime de soi, essentielle chez l’homme noir en mal de modèle. Il invita les parents à dire aux enfants qu’ils peuvent avoir des exemples de toutes les couleurs.

M. Abdoulaye Elimane Kane parlera de la galerie de portraits que symbolisait le livre de Thuram dont il louait l’intérêt et l’originalité. M. Kane insista sur l’appel à la fraternité qui allait de pair avec le livre et qui traduisait un humanisme certain. Cet ancien Ministre invitera tous les éducateurs à vaincre les préjugés dont le racisme par l’éducation.

Le public pouvait à partir de cette étape intervenir. Entre autres intervenants, il y  avait :

-          Mme Penda Mbow  avoua avoir été impressionnée par l’ouvrage du foot balleur philosophe ou plutôt du philosophe foot balleur. Elle suggéra à l’auteur l’adaptation du livre en bandes dessinées pour son accessibilité aux jeunes.

-          Le représentant de la Fondation SONATEL déplora le pessimisme qui se lisait sur le visage des étudiants à l’avenir incertain.

-          M. Abdou Fall mit l’accent sur la nécessité de défendre une cause, celle de faire face à l’injustice, à la discrimination. Cet ancien Ministre dira que les grands combats sont toujours d’actualité pour ne pas assister aux mêmes déséquilibres.

-          Mme Mariétou Diongue Diop, Administratrice générale de la fondation de l’UCAD regretta l’absence du Professeur Cheikh Anta Diop parmi les étoiles de Thuram. En répondant à sa requête, Lilian Thuram précisa que Cheikh Anta Diop n’était certes pas représenté comme étoile mais qu’il ne l’avait pas pour autant oublié.

Thuram ajouta que son but était d’inciter les gens à aller faire des livres sur d’autres étoiles avant qu’il ne s’agisse d’un livre sans fin.

-          Le Directeur du Théâtre national Daniel Sorano fit part à l’assistance de la nécessité de passer par l’éducation pour remettre les choses à l’endroit.

-          Le Directeur de l’INSEPS montra qu’il y a une rupture épistémologique dans le livre à travers ses deux parties que sont l’histoire historicisée et l’histoire dynamique. Thuram ajoutera-t-il est un coach mais aussi un mentor.

-          M. Manuel Bengoechea, Professeur de Lettres à l’Université de Nouakchott souligna que Thuram donnait aux noirs du pain sur la planche.

-          Djibril Ly, militant du Front de Libération Africaine de la Mauritanie(FLAM) préconisa que le livre soit traduit en arabe, surtout pour la Mauritanie car beaucoup de figures noires ont été effacées de l’histoire de ce pays.

M. Lilian Thuram pouvait finalement procéder à la séance de dédicace.

Diaporama

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