Et les béliers bêlèrent pour la dernière fois

Tabaski 2013 Dakar

L'ultime bêlement des moutons 

100-6849-2.jpgLa Tabaski, cette fête annuelle. La Tabaski, cette occasion unique favorisant des retrouvailles inoubliables fut célébrée en grandes pompes. 

Les temps sont durs. Nous ne le dirons jamais assez. De fait, il y en a qui l’ont célébrée dans l’allégresse au moment où d’autres tenaillés par la dépense quotidienne et des problèmes de survie n’ont même pas pu se payer un mouton. Une réalité qu'il ne faut point perdre de vue car elle raffermit la foi.

 Mardi soir, le taximan nous rapporta, au moment de déposer sa cliente, ce qu’il avait dit à sa femme : « il ne faut surtout pas dépasser 7000francs, en termes de provisions ». Très en verve, il ajoutait : « mais tu sais, les femmes ont toutes cette manie consistant à dépenser plus qu’il n’en faudrait au nom du défar ba mu baax ». Elles sont partisanes d’office du « toujours plus, encore plus ».

Mercredi 16, jour de la Tabaski pour bon nombre de Sénégalais, tôt le matin, l’effervescence se fit sentir. Que de va-et-vient notés ça et là. Fait inédit, des tailleurs confectionnaient toujours des habits. Ils n’avaient pu, malgré toutes ces nuits blanches qu’ils auront passé depuis plus d’un mois, honorer leur engagement, du moins à temps.

Des coiffeurs et des cordonniers figuraient dans le lot de ceux qui, pour les besoins de cette fête, des veillées nocturnes.

100-6835-2.jpgLe sermon de l’imam mit fin à cette prière tant attendue. Il s’occupa de son mouton, en le sacrifiant, avant que les fidèles musulmans ne puissent en faire autant. Il ne manqua pas de rappeler le sens de la fête : la solidarité, le partage. 

Mbéééé ! Et les béliers lancérent leur ultime bêlement 

Dans les maisons, l’heure était au travail avec un seul mot d’ordre parfois : séparer la peau de la viande. Sitôt ce travail terminé, les grillades prirent le relais. Les femmes étaient ainsi aux commandes, pour toute l’après-midi.

La Tabaski est le jour où tous les excès semblent être permis : on mange gras, on mange épicé, très épicé même. 

Au nom du bon voisinage, des plats s’échangèrent entre les familles. On s’est gavé car aucune retenue n’était tolérée. Pour les femmes, il fallait durant l’après-midi enfiler le boubou cousu spécialement pour la fête à l’instar des hommes qui l’avaient déjà fait le matin.

Quand les femmes s’y mettent alors, l’ambiance est au rendez-vous. Contrairement aux recommandations divines, nombreuses sont ces femmes qui ne se déplacent pas si elles n’ont pas de nouveaux habits. Que de hauts talons et parfois de cheveux dits à tort ou à raison naturels. L’ostentation était de mise. 

Les rues de la capitale qui étaient désertes le matin furent animées. Les chauffeurs de taxi faisaient monter les enchères.

Il était question de sacrifier à la tradition en présentant ses vœux à son prochain : sollicitant son pardon tout en lui accordant le sien.

100-6867-1.jpgLa fête fut belle ! Les bennes à ordures ont joué leur partition en assurant des passages réguliers pour récupérer les ordures ménagères.

Jeudi matin, lendemain de fête. Dakar n’a pas connu son animation habituelle. Ce jour n’était point déclaré férié. Cependant des travailleurs ont prétexté la fête ou la non circulation de certains véhicules pour rester chez eux. Du temps de Wade, on pouvait facilement nous l’accorder, ce qui n’est pas le cas présentement.

Les transports en commun assuraient leur service : les bus DDD et les minibus Tata effectuaient tranquillement leur rotation pour le grand bonheur des usagers. Dans un des bus que nous avions pris, nous trouvâmes un client qui était le seul à pouvoir se déplacer à bord des bus DDD sans bourse délier. Il n'avait ni carte, ni ticket; et pourtant il a pu se déplacer et même discuter avec les contrôleurs en faction qui s'amusaient à le charrier. Il en est ainsi. Allez chercher de qui il s'agit : Auguste ou Augustin se prénomme-t-il. 

Il était fréquent de voir un groupe de jeunes filles ou garçons se lancer dans des calculs interminables de l’argent reçu en guise d’étrennes la veille.

Devant le laboratoire de photos à Niary Tally, nous trouvâmes quatre jeunes filles de moins d’une dizaine d’années qui, n’ayant pas épousé le virage du numérique, attendaient leurs photos réalisées la veille à hauteur de 500francs la pièce. Avec leur ticket, on leur avait demandé d’attendre leur tour.

En l’espace de quelques jours, le décor de la capitale avait complètement changé. M. T. Ciré proposa une solution qui serait fort salutaire pour l’Etat. Pour lui, l’Etat gagnerait à organiser le secteur de l’élevage pour que la quête du mouton ne soit plus un calvaire pour ses agents. Par conséquent, le secteur de l’élevage serait revalorisé. Il a du mal à se faire à l’idée qu’on puisse importer autant de moutons lors de chaque Tabaski.

Une esquisse de solutions ? A vous de juger.

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Date de dernière mise à jour : vendredi, 18 Octobre 2013