Ndoggu pour tous : une solidarité intéressée

Du réel ndoggu pour tous à l’improbable ndekki pour tous !

Que de slogans brandis ça et là. Le mois béni de ramadan est un mois de promotion, une période de pénitence qui incite tant de gens à la décence : alors autant en profiter pleinement, nous disait notre interlocuteur. Les mosquées furent prises d’assaut de même que les rues : soit pour des conférences annuelles soit pour des séances de ndoggu.

Du vrai « baye fall[1] » aux faux « baye faux » :

Les recommandations du Cheikh [2]sont claires : il faut travailler et adorer son créateur nous confia Mame Bamba ou Mame Xadim. Ce jeune qui se présente aux yeux de ses coreligionnaires comme un modèle accompli, très respectueux et pieux, détient une cantine où il vend exclusivement du café de Touba onze mois durant.

Mame Xadim soutient qu’il lui faut rester fidèle au fondateur du mouridisme. Le mois de ramadan équivaut à son congé annuel.  Pour ne pas gêner, il cède volontiers son activité à ses condisciples qui s’adonnent à la même activité, au même endroit.

 La période du ramadan  fut mise à profit par bon nombre de faux baye faux pour faire preuve de solidarité, de piété sous l’effet clinquant. Drôle de forme de solidarité : leur ndoggu pour tous (rupture du jeun pour tous ou que tous les jeuneurs se mettent quelque chose sous la dent), ils font la manche, en agressant parfois les passants afin que ces derniers leur remettent une pièce de monnaie.

Il y en a comme Moustapha qui se plaignait d’avoir donné une pièce à son corps défendant. Je lui ai remis la pièce parce qu’il m’a mis la pression et je voulais me débarrasser de lui.

M. Mbodji quant à lui qualifiait ces faux baye faux de nouveaux mendiants. Ils sont nombreux ceux qui, parmi eux, ne jeûnent pas et voudraient s’occuper de la rupture des autres.

Ce qui est sûr c’est que le « ndoggu » pour tous laisse entrevoir les germes d’une jeunesse désœuvrée. Que ces jeunes aillent trouver du travail. Qu’ils ne se contentent pas de faire une quête pour donner du « ndoggu ».

Procédés :

Les lieux de fortune dédiés aux fameux «  ndoggu pour tous » furent nombreux dans les quartiers. Ils obéissaient aux humeurs des jeunes. Ils pouvaient se situer à cinquante voire cent mètres l’un de l’autre. Il suffisait d’avoir des briques, une à deux marmites, quelques seaux d’eau, du café, des fagots de bois,  du sucre, des pots, tasses, verres, etc.

Ndoggu pour tous fut une solidarité intéressée. A défaut, les initiateurs continueraient après le ramadan avec petit déjeuner pour tous.


[1] Un baye fall est un disciple de Mame Cheikh Ibra Fall. Ses spécificités : port d’habits multicolores (tissus de toutes sortes rassemblés artistiquement), chapelets, petite calebasse, bol en inox ou en plastique pour recueillir l’obole, rasta, pieds nus, zikr, etc.

 [2] Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul

 

Des images à l'appui

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Date de dernière mise à jour : vendredi, 01 Août 2014