M. Adama Gaye

Sur la crise scolaire

S'inscrire à contre-courant d'un vent qui souffle contre les enseignants dans la crise qui secoue l'éducation nationale au Sénégal, notamment en risquant d'hypothéquer l'avenir de nos jeunes enfants, peut sembler relever d'un acte téméraire, voire d'une...folie. Mais ce soir, alors que les chaînes de télévisions sénégalaises rivalisent d'ardeur pour nous montrer des soirées de gala avec des artistes aux chansons rayées a l'usure et que le pays vit accroche au prochain combat de lutte du...siècle, permettez que je me démarque : Ce soir ‪#‎Je‬suisProEnseignants. Je veux marquer ma solidarité et mon appui a leur cause...
Certains penseront que je suis un ringard qui refusent de se « peopoliser », de suivre la mode de la fête, de s'inscrire dans le moule de la fête tous azimuts.
Peut-être est-ce dû au fait que produit de l'école sénégalaise et de sa tradition d'excellence, je lui dois tout. Et d'abord à celles et ceux qui l'ont animée, les enseignants. Qu'on ne vienne pas me sortir l'argument consistant a penser qu'hier, ce fut un âge d'or pour l'école et que c'était mieux. Aujourd'hui encore les élèves qui sortent de nos établissements, publics ou privès, sont de bonne facture, peuvent étudier, avantageusement, ailleurs dans le monde, en portant haut et clair le flambeau de l'école sénégalaise. On doit cela aux enseignants sénégalais. Je crois que les enseignants, tous les enseignants, méritent soutien et encouragement. La vérité est que ce sont les vrais piliers de tout développement digne de ce nom. L'émergence du Sénégal se fera avec eux ou ne se fera pas !!! On ne peut donc pas comprendre que leur sort soit parmi les moins reluisants de ceux appliqués aux autres membres du corps des agents de l'État. On ne peut encore moins admettre que l'État sénégalais dépense des sommes folles pour nourrir des parasites dont beaucoup se retrouvent dans des institutions législatives, souvent grand lieu de gaspillage, voire au gouvernement, sans être lies par l'obligation de résultat. Que les enseignants soient moins bien lotis que beaucoup d'autres agents, moins encore qu' une clientèle politique parfois versatile et souvent vénale ou qu'ils fassent les frais des dépenses somptuaires (achats de 8-8 pour les fonctionnaires politisès et les obligès du pouvoir, billets d'avion onéreux, organisation d'événements questionnables comme le Sommet Francophone et j'en passe) sont autant de raisons qui légitiment leur combat. Le maintien d'institutions budgétivores inutiles, les avantages donnès à des auxiliaires n'apportant aucune valeur ajoutée notamment a la diplomatie sénégalaise dont la carte trop étendue est insupportable pour un pays comme le nôtre surtout si les postes diplomatiques ne servent pas a grand chose, tout cela fait qu'il est injuste que l'opinion se retourne contre les enseignants pour vouloir leur refuser le droit de revendiquer une meilleure qualité de vie, avec de bons salaires. Ce qui me choque le plus c'est que l'opinion publique refuse même de leur prêter une oreille attentive fut-elle celle justiciable d'une critique constructive. Rien de nouveau sous le soleil: par le passé, cette opinion a souvent été lente à l'allumage. Au demeurant, le sentiment est qu'elle semble n'être portée que par les vents favorables au pouvoir en place. Ça s'appelle avoir le culte de l'opportunisme. Sommes-nous un peuple opportuniste ? Les transhumants qui s'en dégagent pourraient, assurément, le laisser croire...Mon opinion est qu'on doit cesser d'incriminer. les enseignants parce que quiconque, même un chat, se trouve pousse au pied du mur n'a d'autre choix que de se rebiffer. Ce principe des droits des enseignants doit être reconnu afin qu'une réponse acceptable et sérieuse soit trouvée au terme d'un vrai dialogue franc et honnête avec eux. Sur cette base, je ne vois pas pourquoi ni comment les enseignants refuseraient de faire leur métier qui est de transmettre le savoir -noble métier sacerdotal et de maintenir le cycle de la socialisation des Sénégalais dans le savoir moderne et nos valeurs. JE suis persuade qu'un dialogue honnête et une prise en compte de leurs revendications que, pour ma part, je trouve légitimes, mettraient fin à cette insoutenable et grave crise. C'est mon modeste point de vue sur une affaire dont je ne maitrise pas les paramètres dans leur intégralité, car cette crise scolaire pourrait n'être qu'un des effets d'une crise plus globale du pays aux divers plans économiques, culturels, cultuels, sociaux et politiques...Un sursaut est de mise. Mais excusez moi de ne pas faire partie de ceux qui indexent les enseignants en les traitant d'irresponsables ! Enseignants, agents des services de santé, acteurs du monde rural au sens large doivent avoir une place plus reconnue dans ce pays ce n'est pas le cas....Tonight ‪#‎IamATeacher‬. Je suis avec les enseignants, tous les enseignants...Et donc en pensant que le dossier, a un stade critique, doit être pris en charge par le président de la République, sans fards ni sans se laisser influencer par les faucons de paille qui le poussent a l'extrémisme. L'affaire est trop grave pour être gérée dans des conditions ou les acteurs, y compris les enseignants, jouent au plus ruse. La fierté doit être remisée au placard. Il en va justement de l'avenir des enfants sénégalais. Par milliers, je vois ces jeunes qui sont dans les rues de notre pays et j'en arrive à la conclusion suivante : la démographie peut être une bombe ou un dividende. Et ce sont justement les enseignants, des enseignants mis dans des conditions plus avantageuses, qui feront la différence. Au nom de l'avenir des enfants, je soutiens les syndicats d'enseignants... Quitte à être contre le vent général. Je l'assume : cette crise de l'éducation dépasse le Grand Cadre des enseignants et tous leurs syndicats. Elle pose la problématique du type d'État que nous voulons pour notre pays. Son rôle, la répartition des dépenses publiques, les priorités nationales. Cette crise, en somme, peut être plus qu'un simple révélateur du mal-être et mal vivre sénégalais. Elle est l'instrument pour poser le débat national, et réordonner le sens des priorités jusqu'ici aux antipodes des vraies urgences à mettre en avant au profit des superficialités qui ont assomme l'âme sénégalaise. Oui, je suis donc avec les enseignants, aujourd'hui, avec les étudiants hier, car la crise de l'éducation reflète la mauvaise pente que prend le pays. Puisque seuls ceux qui se battent ont gain de cause, il faut donc porter vers les victoires, nos victoires, ceux qui se battent pour une meilleure école. Les enseignants ne doivent pas être des pestiférés. Forward, en avant... Votre combat n'est pas vain ni superflu !
Ps: La gravite du sujet m'a pousse, vous le devinez, a faire un texte plus long que ceux déjà longs qu'il m'arrive si souvent de publier ici....

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 03 Mai 2015