M. Bira Sall à l'approche de l'épreuve de philosophie

Éducation et Protection de la Petite Enfance

 Ce que l’on peut attendre des Assises de l’Éducation

Les enfants de 5 et 6 ans sont les héritiers de La malédiction de la pauvreté, et non ses auteurs.

Si nous n’agissons pas, ces enfants la transmettront à la génération suivante, comme une tache de vin

Congénitale. » Lyndon B. Johnson (Président des Etats Unis.1965)

 Les assises nationales de l’éducation et de la formation  sont annoncées  pour bientôt. Pour les préparer, les  autorités ont pris la précaution, à travers une large concertation, de  consulter les différents acteurs à la base. En effet, des rencontres, pilotées par les autorités académiques, ont rendu possible cette consultation dans plusieurs localités du pays.

 Inutile de revenir sur toutes les raisons qui justifieraient  la tenue prochaine  de telles assises. Après celles tenues en 1981, on revient encore pour un diagnostic de notre système éducatif, pour discuter des maux auxquels l’institution scolaire reste encore confrontée. Les nostalgiques de l’école de jadis parle d’une école en crise. Même si les caractéristiques  de la crise de l’école restent incertaines, on peut tous constater des indices et faits révélateurs liés à des facteurs endogènes ou exogènes de/ dans l’école.

Ce qui est difficile c’est de faire la part dans cet ensemble composite pour voir les responsabilités dans l’école. Mais ma conviction est que la crise dont on parle à l’école est conséquente des crises traversées par  notre société : «  la crise économique qui,  désordres articulés à la crise de la citoyenneté, de l’autorité, de l’identité et du sens, s’expriment dans, mais aussi, hors de l’école, en termes de comportement déviants, de gabegie, de sentiments d’abandon et de honte…dont l’école en crise se fait l’écho ».(Béatrice Mabillon, 2008, p.156.). Samuel Joshua, professeur de Sciences de l’éducation à l’université de Provence, partage, d’ailleurs, cette position de sa collègue sociologue de l’éducation,  lorsqu’il écrit, dans son ouvrage l’école entre crise  et refondation que : « l’Ecole est plus malade de l’état de la société que la société n’est malade de son école ». (Joshua, 1999, p.15). Puisque l’école ne joue plus ce rôle d’ascenseur social, le fossé entre l’école et la société ne  cesse de se creuser ; les inégalités sociales accentuées même par l’institution scolaire.

Les assises de l’éducation ne manqueront pas de poser le problème, de revoir l’articulation entre l’école et la société, de repenser les attentes. Surtout que toutes les réformes engagées, jusqu’ici, avaient cherché à faire de l’école un instrument, pôle de développement.

Il s’y ajoute que, depuis une dizaine d’années, l’approche par les compétences (APC)  est devenue un passage obligé, voire un standard, dans les réformes curriculaires entreprises dans plusieurs pays d’Afrique, dont le nôtre. Car  grâce aux compétences, on « peut répondre à une demande sociale orientée  vers l’adaptation au marché et aux changements ; elles peuvent demeurer des moyens d’avoir prise sur la réalité et de ne pas rester  sans défense dans les rapports sociaux » (Perrenoud, 2008, p42).

 En outre, si les assisses nationales doivent rappeler ou  réaffirmer  l’articulation entre école et société, elles doivent aussi  renforcer les relations entre l’école et la communauté car le dialogue n’est pas toujours garanti.

 Parce que, Comme le rappelle  Dembélé, l’école formelle telle qu’elle existe aujourd’hui est une institution étrangère à laquelle, de plus, la plupart des parents sont incapables de participer en aidant leurs enfants à acquérir les connaissances pratiques et théoriques et les attitudes sanctionnées par l’école.

Cela tient bien entendu au fait qu’ils sont analphabètes mais aussi à ce que les valeurs privilégiées à l’école ne présentent guère d’intérêt pour leur vie quotidienne. (Dembélé, 2003).

 Enjeux de l’éducation et de la protection des enfants

 Récemment, lors de la première édition de la fête de l’excellence au palais de la république, le président  invitait tous les acteurs à s’impliquer pour la cause des enfants, particulièrement les parents, pour leur offrir un environnement favorable à l’épanouissement.  Des parents qui, malheureusement, ne sont pas informés des enjeux du développement intégré de la petite enfance ; qui  ne savent pas que l’enfant ne doit pas grandir seul ; que leur rôle  est  déterminant dans le processus, celui de grandir. Un processus qui est loin d’être « naturel » si l’on en croit à  Claude Halmos. Cette psychanalyste, formée par Jacques Lacan et Françoise Dolto, dans son ouvrage GRANDIR, les étapes de la construction de l’enfant(2009), insiste sur le rôle des parents dans les différentes étapes,  « du passage de l’état de nourrisson à celui d’adulte épanoui et civilisé ».

Depuis Piaget (1896-1980),  beaucoup de théories sur le développement intellectuel, psycho-affectif, moral …, ont permis de justifier l’action éducative, mais la théorie  socioculturelle du russe Lev Vygotski (1896-1934) a la particularité d’insister sur l’accompagnement du jeune enfant par l’adulte, de mettre en relief le rôle de l’environnement dans le processus éducatif : le développement dépend de normes non pas universelles, mais dictées par l’environnement socioculturel et historique de la famille.

 Le président Macky Sall, qui a annoncé pour bientôt le vote du code des enfants, est bien conscient des enjeux  de l’éducation et de la protection  des enfants qui sont de plusieurs ordres. En plaidant pour la cause des enfants, l’avenir de la nation, le chef de l’ État a compris que si nous devons créer de nouvelles valeurs, des individus intègres, honnêtes, capables de considérer la vie dans son ensemble, de servir et non de se servir, c’est sur les enfants que nous devrons agir et le plus tôt possible si l’on sait que les apprentissages réalisés à cette période de la petite enfance sont fondamentaux, au sens où, ils établissent les bases sur lesquelles s’installeront les apprentissages ultérieurs. Dans sa volonté,  à donner forme à la vision déclinée dans la stratégie nationale de la protection de l’enfance, le chef de l’Etat a rappelé aux enfants : « Sachez combien la nation attend de vous, …citoyens de demain : un citoyen émérite, respectueux des lois de  son pays, attaché aux valeurs civiques et morales qui fondent les grandes nations, un citoyen déterminé à œuvrer inlassablement pour le développement de son pays, pour le bien être collectif, et cela dans la paix et la stabilité ».

Il s’y ajoute que  « c’est à l’école creuset de la citoyenneté, antichambre de la république » que la socialisation prend forme et sens.

 On ne le dira jamais assez, l’éducation réduit la pauvreté et stimule l’emploi et la croissance, a-t-on encore rappelé, dans le dernier rapport sur la situation de l’éducation dans  le monde : Selon les estimations de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’EPT, « si tous les élèves des pays à faible revenu quittaient l’école munis de compétences élémentaires en lecture, 171 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté, ce qui représenterait un recul de 12 % de la pauvreté mondiale(...) C’est essentiellement parce qu’elle permet aux individus d’être mieux rémunérés que l’éducation réduit la pauvreté. À l’échelle mondiale, une année de scolarité augmente les revenus de 10 % en moyenne.  ». (Rapport, 2013/2014, p.14.).

 Les enjeux sont donc énormes, en particulier pour les pays en développement comme ceux d’Afrique où les recherches révèlent un retour d’investissement de 3 pour 1. (UNESCO, 2007). « Accroître la préscolarisation dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires produirait un bénéfice de 11 à 34 milliards $ US et un retour d’investissement de 6 à 17 dépendant du pourcentage de préscolarisation ». (Global Child Development Steering Group, 2011).

 De ce point de vue investir dans le développement de la petite enfance, c’est préparer les capacités d’apprentissage qui assurent la réussite scolaire (Young et Mustard, 2008 ; Dorfman, 2009), renforcent l’efficacité interne des systèmes (moins de redoublement et d’abandons) et réduisent considérablement les coûts d’éducation. En outre, la petite enfance représente un moment privilégié pour prévenir les inégalités en assurant à tous les enfants l’épanouissement de tout leur potentiel. Bref, « un bon départ garantit des résultats optimums », pour paraphraser M. Mamadou Ndoye de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique.( ADEA) car l’enfant reste «  un bon placement », selon Claude Martin qui évoque, dans un article, Les politiques de l’enfance en Europe (2004) « la nécessité d’un  investissement social dans le capital humain » pour faire face ou limiter les conséquences en termes de coûts  sociaux à venir, de la pauvreté ou de la déscolarisation.

Malgré des indicateurs défavorables sur la situation des enfants en Afrique Subsaharienne,  en particulier francophone (Les indicateurs sont encore au rouge avec un taux d’accès aux programmes préscolaires de moins de 12% pour l’Afrique subsaharienne dont moins de 8% pour les pays francophones), il faut reconnaître l’existence au Sénégal d’un cadre politique et institutionnel pour un développement holistique et intégré de la petite enfance.

Ce cadre institutionnel et les moyens mobilisés ont sans aucun doute amélioré la situation des enfants. Dans le récent rapport sur la situation de l’éducation au Sénégal, produit par la direction de la planification et de la réforme du ministère de l’éducation  on peut lire : entre 2003 et 2013  le taux brut de préscolarisation (TBPS) est passé de 3,1% à 12,1% ; la population préscolarisée a connu une nette croissance passant ainsi de 38.342 à 191.259 élèves durant la même période. Les structures de prise en charge de la petite sont estimées, dans ledit rapport, à 2620 en 2013 contre 2478 en 2012. L’offre d’éducation en milieu rural a sensiblement augmenté avec les cases des tout- petits, les cases communautaires et les classes préscolaire à l’élémentaire(CPE) où on offre un paquet de services (nutrition, santé, éveil…).

Ce qui a, sans doute, suscité l’engouement des populations de plus en plus impliquées dans la gestion des structures communautaires, peut-on lire, dans le rapport annuel du DPRE 2013.

Par ailleurs, il faut reconnaitre que le référentiel de compétences des structures du préscolaire montre l’importance capitale accordée à la socialisation des tout-petits. En effet, le curriculum de l’éducation de base, qui s’exprime à travers l’approche par les compétences et la pédagogie de l’intégration, marque une évolution nette dans la conception des activités et des démarches pédagogiques déroulées au niveau des structures d’accueil de la petite enfance. Et de ce fait, il ne s’agit plus tout simplement de préparer les tout-petits aux enseignements de l’élémentaire, mais plutôt de poser les bases du processus de socialisation au niveau de l’environnement immédiat des enfants.

Difficultés et Défis

 Les problèmes continuent de plomber le sous secteur. Et c’est à ce niveau que nous voulons interpeller le comité de pilotage des assises de l’éducation et de la formation. Les défis sont nombreux car nous n’avons pas les moyens de nos ambitions puisque moins de 1 % du budget de l’éducation est consacré au sous secteur : 0,6 %  pour le Développement Intégré de la Petite Enfance (DIPE) en 2012 (Rapport DPRE, 2013). Je me contenterais juste de souligner deux problèmes majeurs liés, évidemment, au manque de ressources pour une prise en charge adéquate de la petite enfance : celui de la formation du personnel nécessaire pour un service de qualité en réponse aux objectifs assignés à l’enseignement préscolaire tels que déclinés dans le programme et, en général, pour rester fidèle à l’engagement du pays   pour l’atteinte de l’objectif 1 de l’EPT sur l’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE) ; la création des classes préparatoires élémentaires  (CPE) dans les écoles primaires.

Je ne saurais passer sous silence l’absence de coordination : plusieurs programmes en faveur de l’enfance sont pilotés  dans des ministères différents. En effet, l’éclatement des centres de  décisions constitue un obstacle à l’optimisation des ressources et entraîne des difficultés réelles de collaboration avec les partenaires techniques et financiers.

Les  difficultés liées à la coordination dans le secteur des droits de l’enfance entravent, sans aucun doute, les efforts entrepris par l’Etat du Sénégal et ses partenaires dans l’atteinte des ambitions déclinées dans les projets et programmes mis en œuvre pour  promouvoir un environnement propice au développement intégré de l’enfant.

Cette situation est en déphasage avec les orientations de la Stratégie Nationale de Protection de l’Enfance, qui préconise la mutualisation des efforts afin de bâtir un dispositif national intégré de protection de l’enfant au plan national. Les acteurs impliqués dans la problématique des droits de l’enfant développent des actions qui sont souvent répétitives. Ce qui entraîne une déperdition des rares ressources mobilisées en faveur de la protection de l’enfance.

La première cause d’une telle situation est politique. En effet, l’Etat dispose de plusieurs directions travaillant sur les mêmes thématiques au sein d’un même département ministériel.  L’exemple le plus flagrant se trouve au niveau du Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, où on trouve une Direction de la Petite Enfance, et l’Agence Nationale de la Petite Enfance et de la Case des Touts Petits. 

Ces deux structures dont les missions se recoupent travaillent chacune de manière indépendante. Elles mènent des actions sur la même cible (0 à 3ans) sans qu’il y ait une forme de collaboration formelle qui permet de diminuer les doublons.  L’étude sur la cartographie et l’analyse des systèmes de protection au Sénégal a fait ressortir, d’ailleurs, cette faiblesse dans la prise en charge des problèmes de l’enfance.

 Par ailleurs, le défi majeur reste la formation du personnel enseignant et d’encadrement dans les  structures préscolaires et communautaires. Surtout que le personnel employé dans le privé est recruté dans le tas sans aucune formation. Aujourd’hui, la part des structures privées dans le réseau du Développement Intégré de la Petite Enfance (DIPE), est estimée à 41,2% (Rapport DPRE 2013). Ce qu’on n’a pas le droit d’ignorer si on tient à l’équité, tant prôné dans le nouveau programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (PAQUET-EF).

Récemment, une visite que j’ai effectuée, dans une classe maternelle d’une école privée, en tant que parent, m’a permis de m’interroger, de me demander si nos enfants sont entre de bonnes mains dans les structures maternelles, celles, surtout privées, où beaucoup de parents envoient leurs enfants, du fait de la proximité.

J’ai trouvé des enfants silencieux, assis confortablement, qu’on traitait comme des élèves dans un local fermé, pas aéré, ni spacieux. Ces touts- petits partageaient les toilettes avec leurs ainées de l’élémentaire ; des toilettes pas du tout adaptées pour eux.  Quand je me suis présenté, le premier reflexe de la maîtresse  a été de me montrer le cahier de mon garçon de  quatre ans, un cahier de devoir où j’ai pu noter des appréciations. 

  Semble-t-il dans le programme, on peut évaluer les enfants de la petite section, mais comment les évaluer ? Qu’est- ce qu’il faut privilégier dans l’évaluation? Des compétences de vie ou quoi ? Ne risque-t-on pas de frustrer ces enfants en les évaluant ? 

Supposons même que tout cela est bien précisé dans le programme et  que peut-être je me  trompe d’appréciation ou que je n’ai pas envoyé mon enfant dans les structures appropriées. Mais  mon souci, en tant que parent d’élève,  est de savoir si le personnel dans les structures privées, est suffisamment préparé ; s’il est contrôlé avec des visites régulières de professionnels, dont les inspecteurs qui sont en nombre très insuffisant et tous ne sont pas spécialistes du préscolaire ; « les tatas et tontons », comme aiment les appeler nos enfants, qui servent dans le privé, savent-ils qu’en petite section  les élèves ne doivent pas avoir de cahiers de devoirs mais des cahiers d’activités ?savent -ils qu’ils doivent parler aux enfants  dans leur langue maternelle ? Pour comprendre tout cela « ces tatas et tontons » sont- ils convoqués dans les cellules d’animation pédagogique ?  S’ils sont payés à l’heure, accepteront t-ils de se déplacer et de perdre des heures de paie ?

Lorsqu’on jette un coup d’œil sur Le Cadre de Référence du préscolaire, on est rassuré : on peut noter qu’il contient des recommandations fortes sur les normes de sécurité des bâtiments des établissements d’enseignement préscolaire et qu’on donne une importance capitale à la sécurisation de l’espace dans lequel l’institution doit être implantée.

Mais ce  qu’on peut constater, c’est qu’aucune norme n’est respectée ; aucune disposition ne permet d’assurer une approche holistique et intégrée, laquelle  devrait être en vigueur dans la prise en charge des enfants. 

 On peut, par ailleurs, déplorer dans les manières de faire un isolement, une « îlotisation », une trop grande surveillance sur des enfants dont la nature est de bouger, de dévorer des espaces. Sous prétexte que les enfants risquent de se faire du mal ou de se blesser, on a tendance à les occuper, à les confiner sur place.

C’est tout le sens, d’ailleurs, de la critique de   Françoise Dolto qui, s’interrogeant sur l’espace dont le jeune enfant évolue aujourd’hui comparativement  à  ce qu’on a connu dans les sociétés traditionnelles, remarquait ceci : « Avec le double internement – familial et scolaire, l’espace concédé à l‘enfant des villes, s’est donc rétréci de plus en plus. Sur le chemin de l’école, les petits  gardaient une certaine part d’initiatives, ils faisaient des rencontres, inventaient des niches et des jeux. Maintenant, le ramassage scolaire les prive de tout contact avec la nature et la vie des adultes. Le trajet se réduit à une navette porte à porte. Plus de détours, de rencontres en chemin. Les mères viennent chercher leurs gamins en voiture ou le bus les transporte comme des colis recommandés. L’enfant –paquet n’a plus le loisir d’observer, de muser (flâner)  » (Dolto, 1985, p. 59).

Non seulement, nos écoles maternelles manquent d’espace vital riche en expérience mais on ne manque pas de punir certains enfants, qui ont moins de cinq ans, s’ils sont jugés, par leurs « tatas » ou maîtresses,   très agités ou étourdis.

 Ainsi, avec  cette surveillance et cette planification permanente, on frustre les enfants, on les étouffe dans ces garderies, qui, en fait, devraient être des lieux où l’enfant peut vivre ses tendances à l’autonomie et créer de nouveaux rapports, des lieux, aussi, d’encouragements à l’apprentissage des règles sociales. Et les jeux en groupe pendant une longue durée pourraient bien favoriser cela.

Bref, ce que nous déplorons c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’interactions entre les enfants : tout se passe dans les espaces pédagogiques très restrictives sans possibilité pour l’enfant de sortir, de découvrir, de s’enrichir avec de nouvelles expériences. Alors que l’école maternelle doit être un lieu à part (pour des enfants et non pas des élèves qu’on évalue) dégagé de l’ingérence de l’école élémentaire, propice à l’innovation et aux valeurs collectives, à la créativité ; un espace qui doit favoriser le développement de l’enfant.

  Par ailleurs, il faut déplorer la non implication des parents  comme le pense Rokhaya Fall Diawara l’existence d’un dispositif systématique d’appui aux parents, aux familles et aux communautés pour les aider à prendre effectivement en charge leurs jeunes enfants, malgré l’idée répandue qu’ils sont les mieux à même de le faire (Rokhaya Fall Diawara, 2006).

    Perspectives et solutions à promouvoir

  On ne saurait  être  exhaustif  dans l’énumération des défis encore moins dans la recherche de solutions. Mais, par rapport à ces dernières, nous pensons que l’Etat du Sénégal doit davantage mobiliser des moyens et être  plus exigeant dans l’autorisation d’ouverture des structures préscolaires et la reconnaissance de ces dernières.

 Sans aucun doute, comme, le pense l’inspecteur Mamadou Barry de l’Iden d’Oussouye, le  droit à l’éducation est consacré et de réels efforts sont en train d’être faits dans le domaine de l’accès avec notamment l’ouverture d’écoles dans presque tous les villages et la construction de  salles de classe pour remplacer les abris provisoires qui ont été une réponse face à la demande sans cesse grandissante. Et face à la demande de certains parents, l’Etat via le ministère de l’éducation, a autorisé en son temps d’ouvrir des classes de grande section au niveau des localités où il y avait une demande pressante.

C’est ainsi que dans plusieurs écoles élémentaires, des classes de maternelles ont été ouvertes.  Cette initiative avait été soutenue à l’époque par la banque mondiale et l’UNESCO. D’ailleurs, Rokhaya Fall Diawara, chargée de programme à l’Unesco/Breda, énumérait les avantages immédiats de ce modèle : (i) l’assurance d’une place à la première année du primaire ; (ii) la  familiarisation de l’enfant déjà au milieu scolaire ; (iii) les gains financiers ; (iv) la réduction du fossé pédagogique entre pré primaire et primaire et le renforcement mutuel des compétences pour chaque niveau d’enseignement impliqué.  

Seulement, si la présence d’un maître et des élèves suffit pour parler de classe à l’élémentaire, il n’en est pas ainsi pour le préscolaire. En effet, pour ce sous-secteur qui accueille des tout-petits, une salle où on trouverait éducateur et enfants ne suffit pas.

  Il faut :

-  un autre aménagement (la salle est aménagée de sorte qu’il y ait des coins et des ateliers)

-  un autre mobilier (les tables-bancs de l’élémentaire ne sont pas adaptées)

- Du matériel pour équiper et fournir les coins : bricolage, bibliothèque, boutique, cuisine, poupées, garage, enfilage, etc.

-  Du matériel pour les productions au niveau des ateliers de peinture, de graphisme, d’activités manuelles : crayons de couleur, peinture papier cartonné, feuille, ciseaux, etc.

-   Un personnel d’appoint pour assister les tout-petits en hygiène et nutrition.

D’ailleurs c’est la raison pour laquelle, les structures du préscolaire privées comme publiques exigent en plus des frais d’inscription, des mensualités pour faire face au coût de la prise en charge effective des tout-petits dans les structures du préscolaire. Ce qui n’est pas possible dans les  écoles élémentaires où il n’y a pas de frais d’inscription.

Par ailleurs, on doit davantage mobiliser les parents, les communautés et l’approche communautaire reste une alternative, un impératif même.

Elle offre beaucoup de possibilités, surtout qu’elle a l’avantage de mobiliser les ressources locales et de s’appuyer sur les savoirs endogènes.

 En Asie du Sud est, par exemple, les politiques menées avec les communautés ont sensiblement relevé le taux  brut de préscolarisation et permettre aux couches les plus défavorisées de bénéficier de programmes de DPE adaptés. En effet, l’accès à l'enseignement pré-primaire dans la région progresse régulièrement depuis 2000.

 L'Asie de l'Est et le Pacifique ainsi que l'Asie du Sud et de l'Ouest affichent les améliorations les plus rapides au monde depuis 2005. Toutes les expériences ne sont pas évidemment transférables, mais tout laisse  penser qu’un des principaux moyens, pour les pays pauvres, de faire progresser la Protection et l’Education de la Petite Enfance (PEPE) est de développer le rôle du secteur privé par la fourniture de services communautaires ». (Jaramillo et Mingat, 2003).

 La formation reste un défi majeur, les solutions préconisées par les assises doivent renforcer le dispositif de formation des acteurs et penser à la prise en charge des moins de 03 ans. Ce qui passe par l’implication des parents, par des stratégies d’éducation  parentale. Surtout qu’aujourd’hui, plus qu’hier, il est difficile d’assumer cette  parentalité : le métier de parent ne va plus de soi ; « la parentalité contemporaine s’affiche comme une véritable épreuve ». (Xavier molenat, 2011, p.34).

Il s’y ajoute que nous vivons dans des communautés où en cas de défaillance familiale ou quand l’enfant rencontre des difficultés, il n’y a aucune intervention spécialisée.

Nous avons là de véritables défis dont doivent être conscients les décideurs, dont le comité de pilotage des assises de l’éducation et de la formation. Surtout que pour le préscolaire, on court encore derrière un taux de préscolarisation de 30%. 

 Pour terminer, nous rappelons juste que toute action en faveur des enfants  doit être guidée par des recherches pour identifier les besoins et partager les bonnes pratiques en ce qui concerne l’éducation et la protection des enfants dont dépend le futur de nos enfants, notre futur même.

 Bira Sall. Quartier Ndoutt Tivaouane. Expert Junior, Consultant en Education et Formation. sallbira@yahoo.fr

 

 

Anticipée de Philosophie : Quelques rappels aux candidats !

imag0185.jpgL’épreuve anticipée de philosophie, en prélude au Baccalauréat, prévue cette année pour le 11 Juin  offre l’occasion aux différents professeurs de philosophie et spécialistes de dispenser des conseils, de procéder aux derniers réglages. Si ce n’est pas fait en classe, à la veille des anticipée, c’est à l’occasion de journées de révisions organisées le plus souvent dans les établissements. Une occasion pour passer en revue le programme et donner des conseils méthodologiques.

C’est à cette occasion que j’ai été sollicité par un établissement pour donner ma contribution lors d’une conférence. Les notes et remarques sont l’objet de ce texte que j’ai voulu partager avec nos candidats.

J’ai voulu sortir des sentiers battus, pour  ne pas  revenir sur les cours ou notions traités en classe mais inscrire mon propos dans une perspective didactique et attirer l’attention des candidats, sur ce qu’on attend d’eux, sur les pièges qu’ils doivent éviter et surtout sur les exigences de la communication écrite. L’expérience que nous avons des jurys de correction nous l’autorise.

 

 Il est question de rappeler aux candidats qu’ils n’ont pas à être prisonniers des cours  des professeurs, ni des notions abordées en classe. La philosophie, on a l’habitude de le dire, ne naît pas de la tête  des philosophes elle naît des problèmes. Et, j’ai l’habitude de dire à mes  élèves, reprenant un collègue aujourd’hui décédé Feu Louis-Roi Boniface Attolodé, La nouvelle approche ou l’approche par les compétences, pour user du terme consacré, postule un principe d’activité selon lequel l’enfant est celui qui apprend (activement). Comme tel, il est « l’artisan de son propre savoir, non plus seulement un vase à remplir, mais quelqu’un qu’on doit juste aider et que dans tous les cas : l’enseignement de la philosophie perdrait le plus précieux de sa valeur s’il était reçu avec indifférence et passivité comme une simple matière d’examen. Les connaissances ne sont en soi pertinentes que pour autant qu’elles permettent d’accéder à autre chose, notamment des compétences transférables en lieux autres : de pouvoir, par exemple, analyser, comprendre et interpréter.
 

Juste attirer  l’attention sur le fait que les candidats  peuvent être amenés à réfléchir le jour de l’examen sur l’actualité, sur des phénomènes de société, des problèmes, qui font débat et qu’on peut s’appuyer sur les cours, la culture générale pour y réfléchir. Parce qu’il n’est pas rare d’entendre un élève à la sortie d’un examen dire que le sujet de dissertation portant sur  une question relative  à  la violence ou à la légitimité des lois, n’a pas été traité en classe par son professeur.

 

La question de l’homosexualité, par exemple, on peut bien l’aborder en partant des notions de nature et culture, pour savoir  quelle est la part du naturel ou du culturel dans ce phénomène ; en réfléchissant sur les frontières entre le féminin et le masculin ; c’est quoi la masculinité, la féminité aujourd’hui. Il s’y ajoute que dans notre société l’homme simplement efféminé est déjà stigmatisé même s’il n’entretient pas des relations  homosexuelles.  

Mais, au-delà des condamnations et stigmatisations, il serait intéressant, sans vouloir légitimer ou justifier quoi que ce soit, de comprendre ce qu’est l’homosexualité. Est-elle une anomalie? Une pathologie ? Un dérèglement des sens ? Est-elle un mal définitif et incurable? Est-elle un choix ou une tare? Un fait inné ou un mal acquis ?

Est-ce que l’homosexualité est un choix libre ou conditionné ? Faut-il être tolérant à l’endroit des homosexuels. Au nom de la liberté, est-ce que les homosexuels n’ont pas le droit de s’épanouir librement.

Mais est-ce que notre société qui a des valeurs peut fermer les yeux ? Rien qu’en réfléchissant sur ces questions on peut mobiliser les connaissances acquises aux cours, celles relatives à la conscience et l’inconscient, la liberté et le déterminisme, les rapports entre l’individu et la société... 

 La démocratie pose aujourd’hui beaucoup de  problèmes  dans nos Etats modernes. Un de ces problèmes a été soulevé par   Alexis Tocqueville dans son ouvrage intitulé De la démocratie en Amérique, au chapitre 5 et suivant où il nous parle  du danger despotique des démocraties modernes, notamment la tendance des Etats à vouloir tout contrôler, a investir des sphères de plus en plus large et à remettre en cause les libertés individuelles.

Tocqueville pensait d’ailleurs qu’attendre beaucoup de l’Etat c’est accroître de façon dangereuse le rôle de ce dernier. La croissance de l’Etat centralisateur s’accompagne d’une fragilité plus grande des individus lorsque l’Etat doit se contenter  de garantir les libertés individuelles. D’autres questions relatives au despotisme de la majorité, la raison d’Etat, (L’Etat pense-t-on n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts ; à l’homme d’Etat, qui selon Meinecke, «  perd la liberté d’agir de façon personnelle et arbitraire ; il est un soldat au service de l’Etat ».

 L’opposition entre morale et politique  interpelle notre conscience et particulièrement celle de nos hommes politiques même si  Hegel considère que « l’Etat n’a pas de plus haut devoir que de se maintenir lui-même  », et quel que soit ce qu’en pense Machiavel, la question est encore d’actualité : on ne cessera de s’échiner sur la contradiction entre, d’un côté, les impératifs moraux d’obéissance  aux principes du droit naturel et, de l’autre , l’obligation de suivre les dures exigences de la realpolitik. La même contradiction, rappelle Michel Terestchenko, est soulevée par Max  Weber entre l’éthique de la conviction, et l’éthique de la responsabilité, ce drame intérieur de la conscience  que connait tout décideur.

 La crise de l’Etat – Providence et de la société assurantielle : car on était habitué traditionnellement à bénéficier de la protection, de la sécurité sociale, de la solidarité organisée de l’Etat. Michel Foucault  utilisait l’expression « Bio-pouvoir » pour montrer que, par le biais d’institutions, comme les assurances sociales, l’Etat  va pouvoir gérer la vie des populations. Cette idée d’Etat- providence, pensait Pierre Rosanvallon, s’inscrit dans le mouvement de l’Etat protecteur dont Hobbes a  fait, au XVIIe  siècle, la théorie.

 

C’est vrai qu’on parle de la démocratie comme étant le système qui garantit le mieux  l’Etat de droit, l’épanouissement individuel et collectif mais on peut se demander si des sociétés pauvres peuvent se permettre les principes démocratiques. Est-ce que la démocratie n’est pas un luxe pour  nos pays, comme le pensait le président Chirac ?

Il est vrai que, pour paraphraser Feu le professeur Sémou Pathé Gueye, il n’y a aucun peuple au monde qui n’aspire à vivre  sous un régime politique pouvant garantir à toutes ses composantes  les conditions de leur plein épanouissement, de leur liberté, de leur sécurité, et de la sécurité de leurs biens. Mais la manière dont se vit ou s’applique ce  régime politique, dépend d’un certain nombre de considérations.

Je pense que loin de voir derrière cette appréciation de la xénophobie ou de s’offusquer, l’idée que la démocratie n’est pas faite pour les africains englobe plusieurs préoccupations. L’une d’elle est fondée sur le sentiment  que l’organisation  de la démocratie  coûte chère et demande  qu’on lui consacre  beaucoup de temps alors que le temps et les moyens dont disposent nos pouvoirs publics seraient plus utilement employés s’ils servaient à répondre aux besoins les plus pressants de la population en matière de santé , d’éducation, etc .

Juste pour dire que l’organisation d’élections, la formation du personnel administratif est nécessaire au fonctionnement des institutions démocratique.  À  cet argument financier s’ajoutent les conséquences, tout le préjudice que nous coûtent des élections je pense aux divisions sociales et politiques inhérentes à la compétition électorale, des familles qui se déchirent… L’impact sur notre économie, ce que nous coûte de temps perdu et d’efforts  dans les discussions, querelles durant et après les élections : on ne travaille pas avant et après les élections dans nos pays. Bref, l’unité nationale et le développement économique   reçoivent de sacrés coups. À quoi bon donc la démocratie quand on est dans des sociétés pauvres ?c’est la question que je  pose aux élèves et qui ne sera pas de celles des anticipés de philosophie, mais j’espère juste qu’elle  servira d’exercice.

 

Quel que soit le sujet, le candidat doit rester serein, prendre le temps de lire les 03 sujets avant de s’engager. Et, il est tenu de s’exprimer dans un français qui ne gêne pas la compréhension. E il ne doit pas oublier d’aller à l’examen avec plusieurs stylos et une montre pour contrôler le temps puisque l’usage du portable est interdit. Des rappels, parmi tant d’autres que les professeurs ont bien voulu donner  d’ailleurs à leurs candidats.

 

Bira sall

Quartier Ndoutt Tivaouane.

 Professeur de Philosophie au Lycée de Thiaraoye.

sallbira@yahoo.fr

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 24 Juillet 2014