Par devoir et par conviction

Par Yaye Mara Diouf

Chaque matin, nous empruntons la route Hamo 6 – Lycée Seydina Limamou Laye pour aller à l’école. Le collègue qui nous dépose en voiture à force de vociférations, de jurons, de klaxons et des fois de volées de mains se fraie difficilement un chemin. Conduire sur cette artère n’est pas de tout repos ! Et pour cause : charretiers, chauffeurs de taxis clandos, de bus, de cars rapides se disputent la chaussée!  Dans cet espace si exigu, les élèves arrivent difficilement à trouver où mettre les pieds ! Les trottoirs du marché Ndiarème sont remplis d’étals, de tables, de petites cantines et devant cette « occupation anarchique » de la voie publique, les potaches doivent, pour rallier le Lycée, réaliser un réel slalom entre ces installations précaires, les flaques d’eaux usées, les voitures en stationnement, tout en ayant à l’esprit celles qui arrivent dans leur dos, et ce, sur une bande piétonne qui dépasse à peine le mètre de largeur. Ce calvaire n’est rien encore devant celui auquel ils doivent faire face à 12H ! Est-ce qu’il pouvait en être autrement si sur les deux centaines de mètres qui longent un seul côté du marché, on trouve successivement un garage de charrettes, un de clandos, puis un point de ramassage de bus auquel succèdent un deuxième garage de clandos et un second point de ramassage, enfin un troisième garage de clandos. A ces cinq points, on ne pourra jamais dire que la préoccupation des utilisateurs soit le respect des règles de la circulation routière.
Alors imaginons une seule seconde que cette même situation se reproduise à la devanture de notre prestigieux lycée ? «Une cantinisation» à cet endroit précis ? Ma foi, quelle idée saugrenue!  Un marché adossé à un établissement secondaire ? Astafurlah ! Dieu nous en garde.
Imaginons le danger auquel seraient exposés nos potaches !
Imaginons à quel point cette devanture deviendrait étroite, exiguë, anarchique pour tout ce monde qui afflue vers l’établissement!! Je plains le collègue dont je parlais dans les premières lignes quand il aura à braquer ferme pour entrer dans l’école avec sa voiture. Que de jurons en perspective !
Nous avons vu nos élèves faire la course entre 8h 10 et 8h 15 car ils apercevaient le vigile Coly ou un de ses éléments entrain de fermer le portail du lycée. Imaginons une seule fois qu’une voiture arrive à vive allure sans tenir compte de l’étroitesse du chemin? Maradeytalli ! Touchons du bois et que le Seigneur nous en préserve.
Ces cantines que l’autorité locale veut nous imposer ne pourraient-elles pas à long terme détourner nos jeunes surtout les filles de leurs études ?nous savons tous que nos apprenants très souvent viennent de milieux défavorisés et que leurs parents peinent à joindre les deux bouts. Installer ces cantines, c’est jeter nos filles dans la gueule du loup (nous n’avons rien contre ces commerçants mais nous savons tous qu’ils aiment amadouer nos jeunes filles avec leurs marchandises jusqu’à les faire tomber dans leurs…).
Dans tous les cas, de notre petite expérience de la vie et de notre petit parcours, nous n’avons jamais vu un lycée dont la devanture est parsemée de cantines, d’étals ou de souks. Nous nous permettrons de citer les quelques grands lycées fréquentés soit en tant qu’élève, enseignante ou étant dans d’autres structures : Lycée Valdiodio Ndiaye, Lycée Ahmadou Ndack Seck, Lycée Malick Sy, Lycée Seydou Nourou Tall.
Notre lycée est déjà assez enclavé et difficile d’accès alors faudrait-il en rajouter en le rendant moins visible panoramiquement ? Même si on sait que notre excellence fait notre visibilité !
 Venons-en à cette impopulaire idée de « cantinisation » !
L’autorité brandit une lettre de l’Administration du Lycée comme autorisant cette construction. Alors parlons français et même, si vous voulez, administration. Dans cette lettre il est écrit ceci : « le Comité de Gestion , constatant depuis ce jour une agression rampante qui commence avec le dépôt des ordures, le stationnement des charretiers et autres petits commerçants irréguliers , vous demande en rapport avec vos partenaires, de lui soumettre un projet d’occupation de l’espace aux alentours du lycée et du Stade Seydina Limamou Laye » ; nous nous limitons juste à ce morceau choisi pour dire que cette lettre ne justifie ni administrativement ni sémantiquement la construction de cantines devant le Lycée !
Depuis 1850 « soumettre à quelqu’un quelque chose » équivaut à présenter, proposer quelque chose à l’examen, au jugement, au choix de quelqu’un. Donc cette lettre est un appel à soumettre un projet et non une autorisation à en exécuter un.
L’autorité locale a-t-elle soumis au Comité de Gestion un projet? Est-ce que tous les acteurs du Lycée sont impliqués dans cette construction ? Au-delà de ces questions j’ajouterai : ce projet a-til bénéficié d’un appel d’offres au sein de la municipalité même ? Qui sont les candidats qui ont soumissionné ? Quel est le contenu du cahier de charges ? Des questions administratives à régler…
Cette lettre brandie par l’autorité n’est en rien une justification de l’exécution d’un projet jamais né parce que jamais soumis à notre appréciation. Parler de mise sur pieds de cantines en deviendrait même une aberration. On ne peut avoir voulu le déguerpissement des commerçants anarchiquement installés et vouloir y remettre des cantines qui seront occupés légalement mais qui finiront par semer le désordre.
Nous demandons une occupation avec des espaces verts pour un environnement sain. Même un monument de notre illustre parrain Seydina Limamou Laye nous ferait grand plaisir.
Nous œuvrons pour un lycée de qualité. Nous nous battons pour que nos potaches qui vivent dans des conditions très défavorables (il y en a qui arrivent au lycée sans manger y passent la journée et n’avalent qu’un pain de 50 frs avec une sauce des moins protéinées pour pouvoir tenir jusqu’à 16h) puissent réussir et avoir une lueur d’espoir pour l’avenir!
Ne les exposons pas à des situations qui pourraient freiner leurs ambitions. Ces cantines sont du gain pour l’autorité locale mais pour nos élèves c’est les exposer à des dangers multiformes. Le chemin Ndiarème – Lycée est un véritable parcours du combattant, alors de grâce, qu’on ne nous en rajoute point!
A la vue du début de la construction qui s’accélère de jour en jour, un collègue avait lancé ceci : « Est-ce que les souris auraient dansé si les chats étaient là ? » Pour entamer ses travaux notre autorité locale semble avoir attendu que les enseignants partent en mission aux différents examens, leurs élèves en vacances. Nous espérons que ce n’est pas cela et que conciliation est toujours possible. Octobre sera là et nous espérons que ce sera un octobre de paix. Quoi qu’il en soit, la communauté du Lycée Seydina Limamou Laye, dans toutes ses composantes, ne se réduira pas en simple spectatrice!
Non à la construction de cantines devant notre prestigieux Lycée!
Yaye Mara Diouf
Professeur de Lettres Modernes au Lycée Seydina Limamou Laye

27/07/2016

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