Pratique de l’EPS  dans nos écoles : Ce qu’il faut déplorer !

Par M Bira Sall

 S’il faut « repenser l’école » conformément à l’esprit des assises de l’éducation et de la formation(AEF), avec l’objectif «  de redresser notre système éducatif », il faut sans aucun doute poser la problématique de la structure de l’école future, de l’école de demain ; « une école nouvelle ancrée dans les valeurs et réalités nationales » pour reprendre les propos  de mon seigneur Théodore Adrien SARR qui pense que l’école nouvelle doit être une école du milieu. Il fallait répondre aussi à la question quelle éducation physique et sportive? Quelle place et quel rôle dans cette école ? Malheureusement, les enjeux  de la pratique de l’éducation physique et sportive n’ont pas figuré dans les débats et aucune recommandation des assises ne porte sur la question. Et pourtant la pratique de l’éducation physique et  sportive fait partie intégrante du processus d’éducation permanente.

La troisième conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires  responsables de l’éducation physique et sportive (MINEPS), organisée à Paris du 30 Novembre  au 03 Décembre 1999  sous l’égide de l’Unesco, l’a  rappelé dans une de ces recommandations : au sein de l’institution éducative formelle le sport devrait être utilisé comme un moyen de transmissions de valeurs éducatives d’apprentissages de la responsabilité, d’apprentissage de la citoyenneté dont la  conscience nous fait tant défaut. En effet, l’activité physique et sportive n’est pas une fin en soi : elle doit être pratiquée et  utilisée à la fois comme un moyen d’épanouissement de l’élève ; un instrument d’éducation : apprendre à vouloir gagner, apprendre à savoir perdre ; un moyen d’émancipation ; une méthode de socialisation et d’intégration.

Il s’y ajoute que les vertus  psychothérapeutiques du sport sont  vantées pour vaincre la timidité, lutter contre les tendances dépressives, canaliser l’agressivité encadrer et surtout modérer l’hyperactivité. Il reste, ainsi, un moyen de prévention, d’entretien de la santé ; et à ce titre de prévention le meilleur investissement en matière de santé publique. D’ailleurs, un rapport de l’équipe de travail inter- institutions des Nations-Unis  sur le sport au service du développement et de la paix notait qu’en 2000, les frais médicaux ont augmenté de 75 milliards de dollars américains, en raison de l’inactivité physique de la population. Un dollar consacré aux activités sportives entraîne des économies de 3,5 dollars au titre des frais médicaux. Bref, la fonction hygiénique et sanitaire de l’éducation physique et sportive résume en elle-même toutes les vertus du sport.

Toutes ces vertus susmentionnées sont bien comprises et prises en compte dans la conception des programmes par les hauts fonctionnaires et inspecteurs en charge de l’éducation physique et sportive. Dans les trois ordres d’enseignement, un certain nombre de connaissances et de compétences sont visées à travers la pratique de l’éducation physique et sportive  à  l’école et dans son environnement : on ne cesse d’y rappeler que « sa pratique est une école pour la vie ». Par exemple, on peut lire dans les textes : « Au préscolaire et à l’élémentaire elle développe la motricité corporelle volontaire, l’adresse, l’équilibre, l’autonomie dans les déplacements et la socialisation (jeux collectifs, sportifs, rondes, danses, jeux avec ballon…».

Ce qu’il faut surtout déplorer à ce niveau c’est le manque ou l’absence de formation des instituteurs pour installer ces compétences ou l’absence de supports pédagogiques, de matériels didactiques et surtout de  la réduction du temps et d’espace réservés à cette discipline.

 Dans le moyen-secondaire, surtout, l’espace manque ou n’est disponible que bien des semaines après la rentrée car il faut désherber, chercher le matériel (poids, cordes, poteaux…). Un matériel bien insuffisant et qui impacte négativement le cours. Les élèves restent inactifs, parce qu’il y a un seul poids et il faut attendre son tour. Un cours de 02 heures, souvent, ne suffit pas, pour faire passer au saut l’effectif pléthorique  de 70 élèves en terminale,  bientôt 80 si la circulaire du ministre passe. Une séance, qui, sans l’autorité du professeur, passe pour un cours récréatif : les élèves chahutent et manquent de concentration. S’il en est, ainsi, c’est parce que les conditions ne sont pas du tout réunies pour faire cours sérieusement : on a l’impression qu’on s’y amuse plus qu’on y travaille.

L’éducation physique et sportive, en tant que discipline enseignée à l’école, surtout dans nos collèges et lycées, reste ainsi négligée. C’est la parente pauvre  des disciplines  (le coefficient accordé à la discipline dans les évaluations est faible et ne motive pas les élèves à s’y investir) ; le seul cours qui se fait à l’air libre, durant  lequel professeurs et élèves restent exposés aux aléas du climat.

Il s’y ajoute que ces contraintes impactent  négativement les cours qui suivent après celui  de l’EPS : car faute de vestiaire, les élèves s’habillent et se déshabillent en classe, ce qui est très gênant pour les filles. En outre, l’effort fourni pendant 02 heures les met complètement à chaos ; on ne saurait compter sur leur attention pour suivre un cours de philosophie ou celui de mathématique programmé juste après celui de l’EPS. Ce qui pose le problème de la place de l’EPS dans les emplois du temps (normalement les 02 heures doivent être séparées) ; les aires de jeux, les équipements et les soins médicaux…

 Et les administrations ne facilitent pas vraiment le travail à nos collègues frustrés  parce qu’on ne respecte pas les préalables dont la visite médicale ou visite d’aptitude, un impératif pour faire le cours d’EPS.

Dans le département de Dagana,  dans un collège récemment érigé en lycée, un professeur d’EPS a eu le courage de poser le problème en refusant  de faire cours tant que le médecin ne passe pas  pour faire son travail. Un travail qui est très mal fait par des agents de santé délégués par l’inspection médicale des écoles ( IME) qui reçoivent 200frs pour chaque élève « consulté » même pour ceux qui ne le sont pas puisque les élèves des classes intermédiaires ne sont jamais visités bien que la somme de 200frs est défalquée de leur frais d’inscription. L’argent versé revient  à des gens qui n’en n’ont pas droit. C’est la remarque d’un principal qui avait refusé de verser la somme qu’on lui réclamait sur les frais d’inscription des élèves qui n’ont pas bénéficié de la visite médicale. Malheureusement, il a été seul dans ce combat que ses collègues du département de Podor n’ont pas voulu mener.   Il faut oser le dire  la visite médicale est très mal faite dans les établissements : souvent en une journée on  consulte plus de 300 candidats à l’examen du Bfem ou du Baccalauréat. Les seuls consultés, alors que le cours d’EPS est obligatoire pour tous à l’exception des élèves exemptés après avis médical.

 

Le temps de la visite médicale est très insuffisant pour présumer une consultation sérieuse : c’est juste une prise de pouls au repos deux ou trois questions. De l’avis d’un médecin sportif que nous avons consulté : pour une visite adéquate, il faut, au moins le test de  « Rufier », il consiste à faire exécuter 30 flexions en 45 secondes en notant les fréquences cardiaques au repos, à la fin des 30 flexions et une minute après la fin l’effort.  

 Ce  laxisme lors de ces visites médicales, qui se font très tardivement, souvent au mois d’Avril ou plusieurs semaines après le démarrage des cours,  expose nos élèves à plusieurs risques, dont celui d’infarctus. Il y a deux ans, d’ailleurs,  dans un centre d’examen à Saint-Louis, un candidat a perdu la vie sur le terrain après une séance d’évaluation.

 

 Ce sont des élèves malades, pour la plupart des cas sociaux, atteints de tuberculose, d’hépatite B, d’asthme qui continuent de faire les cours d’EPS en attendant l’arrivée tardive d’agents de santé, jamais de médecins compétents et sérieux, pour diagnostiquer leur mal. En attendant, ce sont leurs camarades qui sont exposés et contaminés.

Laissés à eux mêmes, qu’ils sont, parce que sans soutien de la part de leur établissement, surtout des lycées et collèges où il n’y a ni infirmerie, ni assistance sociale pour écouter et orienter ces pauvres élèves.  C’est le cas du  lycée Ababacar Sy de Tivaouane où sont inscrits 2464 élèves. Le seul lycée de la ville sainte qui n’a pas encore d’infirmerie alors qu’il existe depuis 1992. L’occasion avait été saisie, d’ailleurs par les élèves, lors de la visite du chef de l’Etat venu inaugurer le 11 Décembre passé le bloc scientifique qui jouxte le lycée, pour réclamer un  deuxième lycée, une infirmerie et un assistant social. Le Président de la République, le ministre de l’éducation nationale, surtout le maire, M. Diagne Sy Mbengue, un camarade de promotion, qui est un ancien élève dudit lycée, ne doivent pas rester indifférents à la situation.

Bira Sall  Professeur de philosophie au Lycée Ababacar Sy  de Tivaouane. Spécialiste Suivi Programmes Petite Enfance. sallbira@yahoo.fr

29/12/2015

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