Quia pulvis es (1)

Ceux-ci partent, ceux-là̀ demeurent.
Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent,
Poussière et genre humain, tout s’envole à la fois.
Hélas ! le même vent souffle, en l’ombre où nous sommes,
Sur toutes les têtes des hommes,
Sur toutes les feuilles des bois.

Ceux qui restent à ceux qui passent
Disent : – Infortunés ! déjà̀ vos fronts s’effacent.
Quoi ! vous n’entendrez plus la parole et le bruit !
Quoi ! vous ne verrez plus ni le ciel ni les arbres !
Vous allez dormir sous les marbres !
Vous allez tomber dans la nuit ! –

Ceux qui passent à ceux qui restent
Disent : – Vous n’avez rien à vous ! vos pleurs l’attestent !
Pour vous, gloire et bonheur sont des mots décevants.
Dieu donne aux morts les biens réels, les vrais royaumes.
Vivants ! Vous êtes des fantômes ;
C’est nous qui sommes les vivants !
– Février 1843.
                         Victor Hugo, Les Contemplations (1856), Livre III, Les luttes et les rêves, Quia pulvis es.

(1) « Car vous êtes poussière ». Citation de la Bible : « Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu’à ce que vous retourniez en la terre d’où vous avez tiré ; car vous êtes poussière, et vous retournerez en poussière » (Genèse, III, 19).

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