Négrophobie, pour la manifestation de la vérité

Contre la stratégie de Stephen Smith

Négrophobie est la réplique apportée au livre de Stephen Smith intitulé Négrologie  par MM. Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et françois-Xavier Verschave

Entre autres séquences ayant retenu notre attention :

Odile Tobner : Peau noire, discours blanc

Aujourd’hui « politiquement correct » est souvent le qualificatif donné à la simple grossièreté de gens bien installés dans les médias, insultant impunément des opprimés.

L’Afrique est riche, les Africains sont pauvres, c’est une évidence. Maintenir l’Afrique dans un état de faiblesse et d’assujettissement pour pouvoir mieux la piller, telle est la politique du néocolonialisme telle que nous l’avons vue, telle que nous la voyons. C’est pour nier cette réalité qu’est écrit le livre de Smith.

La nature humaine étant ce qu’elle est, il ne faut pas la tenter par l’appât du gain. Toutes les communautés dominées ont fourni à l’oppresseur des collaborateurs issus de leurs rangs. Mais que venaient faire les Occidentaux en Afrique et les Allemands dans nos villes ? C’est quand même la question de fond. Celle des collaborateurs n’est qu’un corollaire, qui ne saurait non seulement se substituer mais pas même atténuer la responsabilité première. Quand un criminel recrute des complices, est-ce que cela atténue sa culpabilité ? Certainement pas, au contraire, c’est une circonstance aggravante.

Les Africains ne doivent pas cultiver la mémoire de ce qu’ils ont subi. On est obligé de souligner, au risque de déplaire, que Smith atteint un degré de bassesse rare quand il prétend révéler que La Maison des Esclaves à Gorée (Sénégal) est une « imposture », une « supercherie ».

Le colonisé n’a pas écrit sa propre histoire, mais il faut qu’il en affronte les postulats, et pour cela, on va jusqu’à « se mettre à sa place ». Quelle imposture ! Et là le terme est vraiment approprié. Depuis le temps que les Occidentaux se mettent à la place des Noirs pour juger de ce qui est bon pour eux, il est urgent qu’ils soient remis à leur place à eux et qu’on leur conseille de s’occuper de leurs oignons.

Si quelqu’un a intérêt pour sa santé psychique à «  affronter sa propre histoire », c’est bien les Occidentaux. Mais, comme le dit  Fanon c’est leur problème. Il n’y a pas de mission négre de rédemption de l’Occident.

Très franchement, il est difficile de savoir à quoi rime la compétition ainsi ouverte par Négrologie.

En un seul mensonge, il s’est assuré les faveurs de son public populaire. Il peut viser à présent plus haut, du côté des lettrés. Ceux-là veulent des chiffres, il va leur en donner. Après, il ne se trouvera plus une seule personne pour mettre en doute la paresse congénitale des Africains.

Nègrologie ne vaut guère par l'originalité de ses idées. L'auteur y répète sans cesse, comme une obsession, que si les africains avaient écoute l'économiste Renè Dumont dans les années soixante, ils n'en seraient pas là aujourd’hui. C'est tout de même un peu court.
Il ne va pas non plus chercher trop loin les causes de la pauvreté du continent africain. Il en est ainsi écrit-il à plusieurs reprises, parce que ses habitants, réfractaires au travail, ont une mentalité d'assistés.

On trouve dans Négrologie des statistiques à propos de tout et de rien. L’auteur, qui mène en toute conscience un combat, juge essentiel de faire basculer les tièdes dans son camp : il lui faut leur donner des preuves, supposées fiables, de ce qu’il avance.

Négrologie reproche à plusieurs reprises aux Africains d’aimer gémir sur leur sort et de toujours chercher à rendre les autres responsables de leurs malheurs.

Boubacar Boris Diop : Stephen Smith, passeur du racisme ordinaire

On a envie de demander à Smith de se calmer, l’afro pessimisme, en dépit de ses ambiguïtés, n’a jamais vraiment gêné personne.  Ses textes fondateurs ont reçu un accueil tout à fait normal en Afrique.

A la parution de son célèbre et unique livre, Axelle Kabou vivait au Sénégal. Nous l’avions invitée, des amis et moi, à en discuter pendant une journée entière. Les avis sur son texte étaient naturellement partagés et chacun a pu exprimer le sien. Le débat a eu lieu dans la plus grande courtoisie et, malgré les critiques, elle a beaucoup apprécié cet échange. Tout cela est bien éloigné de l’idée que veut accréditer Stephen Smith d’une Axelle Kabou terrorisée et obligée de se cacher.

Ceux qui se sentent en phase avec Stephen Smith devraient se rendre compte de ceci : Négrologie fait partie de ces livres où l’on passe allégrement de l’afro-pessimisme ordinaire aux injures racistes et à la contestation de crimes contre l’humanité.

Il est devenu normal d’être ouvertement raciste, mais un peu moins de se l’entendre reprocher.
S’assurer les vivats de l’opinion européenne n’est pas difficile par les temps qui courent : il suffit de lui faire croire que son argent est donné en pure perte à des Africains vivant de la mendicité et incapables de se prendre en charge.

François-Xavier Verschave : Dix ans de désinformation

Stephen Smith est effectivement très abondamment informé, ce qui impressionne beaucoup ses confrères, ses lecteurs et ses auditeurs. Mais nous allons montrer dans cette troisième partie que ce « spécialiste » est un journaliste très spécial : pas seulement un journaliste d’opinion, qui mène un certain nombre de combats idéologiques ou de propagande, le plus souvent conformes aux intérêts d’une Françafrique, mais l’instrument d’une désinformation  peu compatible avec la déontologie journalistique.

Stephen Smith préfère concentrer son ire et ses tirs sur ses bêtes noires, celles des réseaux franco-africains : Paul Kagamé et le FPR.

Le complexe du colonisateur n’a plus lieu d’être […]
Les pires pour nous, ce sont ceux qui jouent à nous caresser dans le sens du poil. La tape sur l’épaule est certes un geste amical, à condition qu’elle ne nous conforte pas dans l’idée infantilisante selon laquelle nous sommes les gentilles et innocentes victimes d’un complot international contre l’Afrique. Il ne faut plus nous flatter. […] "
François-Xavier Verschave, Noir silence, Les arènes, 2000
Séquence reprise dans Négrophobie, dix ans de désinformation

 

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29/09/2015

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