Eza Boto

Texte cent cinquante et unième

Texte cent cinquante et unième 
Texte choisi : "Le cacao régnait ici" de Eza Boto
I- Présentation de l'auteur : Alexandre Biyidi Awala (1932-2001), dit Mongo Beti, est un écrivain camerounais qui publia en 1954 son roman Ville cruelle sous le pseudonyme Eza Boto. 
II- Texte : 
En remontant plus haut, on pénétrait dans le Tanga proprement commercial. Le
"Centre commercial", comme on l'appelait ; on aurait tout aussi bien bien fait de l'appeler le centre grec. Tout le long des rues, les enseignes sonnaient grec : Caramvalis, Despotakis, Pallogakis, Mavromatis, Michalidés, Staveridés, Nikitopoulos- et l'auteur en passe. Leurs boutiques étaient construites à rez-de-chaussée avec des vérandas où s'installaient des tailleurs indigènes avec leurs apprentis; elles vendaient tout. Derrière le comptoir, des clercs et des sous-clercs noirs vous invitaient chaleureusement, trop chaleureusement. Et c'est chez eux que vous trouveriez les prix les plus bas. Et c'est dans leur maison que vous trouveriez la meilleure marchandise. 
On voyait rarement le patron grec, sauf pendant la saison du cacao, c'est-à-dire de décembre à février ( car si le bois était roi plus bas, le cacao régnait ici). Alors, huit heures sonnaient que M. Pallogakis -gommeux, olivâtre, frais, fort sobrement habillé de blanc, sec, le nez crochu et paternaliste- avait déjà pris place devant une balance romaine, entouré de ses hommes, des rabatteurs qui criaient, vociféraient, trépignaient avec frénésie, se frappaient la cuisse. De loin, ils vous faisaient l'éloge de leur maître en quelques mots très colorés et suggestifs. Si vous aviez l'air dédaigneux, ils descendaient dans la rue, vous prenaient au collet et vous disaient : " Pose ta charge là, sur le trottoir, nous te la remettrons sur la tête au besoin. Écoute-nous. Soixante francs le kilo ... Penses-y, mon frère. Où trouveras-tu ça ? ..." Et patati et patata ... M. Pallogakis commençait la journée par un cours supérieur au prix officiel ; le bruit se répandait comme un feu de brousse. Les paysans accouraient avec leurs charges, s'amassaient devant le levantin. Et plus il y en avait et plus il en venait, et il était facile à M. Pallogakis de baisser progressivement et insensiblement le taux et de commettre d'autres fraudes. 
                              Eza Boto, Ville cruelle, Présence africaine, 1954.
III- Quelques axes de lecture 
- Le Tanga commercial 
- Le système mis en place par M. Pallogakis 
- Qu'est-ce qui renvoie au style direct ? 
- Quel est le sens des mots ou expressions : dédaigneux, clerc, olivâtre, crochu, gommeux
- Le récit : L'imparfait : un temps descriptif 
- Repérage et interprétation de figures de style : anaphore, hyperbole, ellipse, parallélisme, personnification, métaphore, gradation, comparaison, etc. 
IV- Insistons sur : 
1- L'imparfait de l'indicatif 
"L'imparfait est un temps descriptif qui place côte à côte les divers éléments de la description et les coordonne en un tableau d'ensemble. "
Exemple : " M. Pallogakis commençait la journée par un cours supérieur au prix officiel ; le bruit se répandait comme un feu de brousse."
2- Les paroles rapportées : Le discours direct 
Avec le discours direct, on rapporte les propos tels qu'ils ont été tenus. Ces propos sont annoncés par un verbe introducteur (dire, affirmer, déclarer, demander, etc.). Les propos rapportés sont encadrés par des guillemets.
Exemple : " ils descendaient dans la rue, vous prenaient au collet et vous disaient : " Pose ta charge là, sur le trottoir, nous te la remettrons sur la tête au besoin. Écoute-nous. Soixante francs le kilo ... Penses-y, mon frère. Où trouveras-tu ça ? ..."

3- La mise en relief : 
Le présentatif " c'est ... que" permet de mettre en relief un Complément d'Objet Direct, un Complément d'Objet Indirect ou un Complément circonstanciel. 
Exemple : " Et c'est chez eux que vous trouveriez les prix les plus bas. Et c'est dans leur maison que vous trouveriez la meilleure marchandise. "

 

 

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