Jean Guéhenno

Texte trente neuvième

 L’obligation scolaire est désormais prolongée jusqu’à la seizième année. Voilà une bonne nouvelle et qui témoigne de bonnes intentions.

 Il y a lieu de se réjouir quand un gouvernement, quel qu’il soit et où qu’il soit, proclame qu’il veut que ses administrés, les électeurs, soient mieux informés, plus ouverts à la critique, et, par suite, plus difficiles à gouverner qu’ils ne le sont déjà.

Avec le temps, la République finira par devenir vraiment la République. Dommage que les intentions ne suffisent pas. Il faudrait  de nouvelles écoles, tout un système d’éducation permanente déjà partout organisé, et surtout peut-être une nouvelle méthode d’enseignement déjà partout pratiquée, pour que les adolescents, quand ils abordent la vie, aient déjà l’habitude de lire, soient prêts à réfléchir, à penser seuls et capables de mener plus loin leur information, dans leur métier aussi bien que leurs loisirs, toute leur vie, pour la gagner mieux et pour la mieux vivre. Le temps de l’école finit, dans ce monde en rapide évolution qui est le nôtre, le temps de la véritable éducation commence pour durer jusqu’à la mort. Nous sommes tous, sous peine de prématurément vieillir, et d’être comme chassés du monde, dans la nécessité d’être des autodidactes.

La recherche ne saurait être une fin en soi. Quand le chercheur trouve, il trouve pour tous les hommes. Malheur à lui si sa recherche ne le conduit qu’à se perdre en lui-même. Le mouvement intérieur de l’université serait tout autre si l’on y espérait davantage que parvienne jusqu’au moins  savant ce qu’il arrive au plus savant de découvrir. Il faut que la pensée circule.

Un maître d’enseignement a besoin de la communication : la présence des autres lui donne tout son esprit. A quelque « degré » que l’on enseigne, tout le problème est de donner à ceux à qui l’on parle le sens d’un certain dépassement possible de soi et de créer en eux la conviction qu’il y a toujours plus à savoir et une plus grande vie à vivre. On cherche, on enseigne pour les autres, non pour soi. J'admire la " recherche " qui permettra un jour à un homme de mettre le pied sur la lune, mais davantage un enseignement qui rendrait sur la terre tous les hommes plus raisonnables, plus heureux et un peu moins fous.
 Jean Guéhenno, de l’Académie française, Le Figaro du 9 / 2 / 1967.


Quelques axes de lecture

-         Un viatique

-         Relation entre gouvernants et gouvernés

-         La tonalité didactique du texte

-         Des vérités générales

-         La place de l’intellectuel dans sa société

-         Une éducation permanente promue

-         Un texte argumentatif

-          Probable discussion : Nous sommes tous, sous peine de prématurément vieillir, et d’être comme chassés du monde, dans la nécessité d’être des autodidactes.

Bon dimanche à tous !

22/02/2015

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