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La mendicité

Pr Ibrahima Sow

Texte choisi : La question de la mendicité

  1. Présentation de l'auteur : Philosophe de renommée internationale, anthropologue et chercheur sénégalais, le Pr Ibrahima Sow (1946-2018) avait fondé et dirigé le Laboratoire de l'imaginaire à l'Institut Fondamental d'Afrique Noire (IFAN) de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. En 2013, il publie son livre Le maraboutage au Sénégal.

Il a aussi publié : La symbolique de l'imaginaire (2008), Penda la Peule, la légende du fleuve (2009),  La divination par le sable (2009), Divination Marabout Destin. Aux sources de l'imaginaire (2009), La Philosophie africaine. Du pourquoi au comment (2010), L'extraordinaire histoire d'El hadji Socé Ndiaye, l'époux de jinne Maimouna (2013), etc.

II. Texte :

         Au Sénégal, la pratique des offrandes et des sacrifices est l'une des pratiques des plus communément observées, voire banalisées, par, indifféremment, les individus de toutes confessions religieuses, de tous sexes et de toutes classes sociales. La pluralité des mendiants qui hantent les capitales africaines ne se justifie pas uniquement par la pauvreté, mais par ce besoin constant et quotidien des Sénégalais qui les lie à l'offrande et au sacrifice - d'expiation, de conjuration, de  sollicitation, de purification, etc.

        Le gouvernement de Wade avait menacé de les chasser des rues de la ville, en les obligeant à se cantonner devant les mosquées. Mais les pressions ont été telles que la décision a été suspendue, voire abandonnée, car le Président Wade niant toute responsabilité dans une telle décision. Il faut dire que beaucoup de personnes vivent de la mendicité qui, selon certains, serait une activité fort rentable au point d'attirer à Dakar, venus par train, des mendiants maliens en grand nombre, par familles entières.

         Les Sénégalais ont besoin de leurs mendiants pour honorer leurs rites d'offrande et de sacrifice édictés par les devins et par les marabouts, mais aussi pour projeter leur angoisse et pour liquider leurs soucis existentiels. Les mendiants leur sont nécessaires pour que s'accomplissent leurs diverses pratiques magiques et mystiques. À cet égard, l'excellent roman d'Aminata Sow Fall, La Grève des Bàttu (1979) est exemplaire qui montre combien les nantis et même les moins nantis, riches et pauvres, sont dépendants des mendiants et des infirmes de tous acabits qui se sont mis en grève, bloquant ainsi la dynamique des circuits d'échanges avec le numineux et court-circuitant du même coup les relais de communication avec le divin. Pendant la grève des mendiants, toutes les connexions sont suspendues. Il fallait donc absolument faire cesser cette grève qui bloque toutes les possibilités de réalisation de bonheur et de succès.

           La fonction qui est réservée aux mendiants est des plus ambigus. Ils sont considérés comme des transmetteurs des vœux magico-religieux de toutes sortes, car pour l'imaginaire collectif, ils sont susceptibles de pouvoir servir de jonction, de lien privilégié entre les individus et la divinité pour le bon accomplissement de leurs demandes. Ils passent aussi pour être des boucs-émissaires qui hériteraient ainsi, en acceptant les offrandes qui leur sont données, de tous les malheurs dont les individus cherchent à se débarrasser.

              Les gestes qui consistent à tourner trois ou sept fois autour de sa tête une offrande ou de la passer, en la frottant sur soi, le long du corps, avant de la donner aux mendiants, sont jugés suffisamment suspects et militent pour cette thèse-là. Beaucoup plus suspectes sont encore certaines offrandes inhabituelles, comme celles qui ont été partout largement commentées, dans la presse comme dans les foyers, et qui passent pour être des rumeurs, mais qui ont tout de même été à l'origine de la mort de personnes suspectées. Les rumeurs tuent aussi ! De quoi s'agit-il?

      Le site www.bakelinfo... qui relaie l'information, largement répandue, renseigne qu'un véhicule 4X4, avec des vitres noires, circule en ville et en banlieue, avec deux hommes à son bord, dont l'un serait enturbanné. Ils distribuent  " généreusement " de la viande, 10 000 F CFA et un mètre de " percale" , tissu qui sert de linceul aux musulmans. Prendre cette offrande, c'est prendre en somme sa mort ! L'imaginaire collectif " travaille " à partir de correspondances symboliques pour créer une dynamique existentielle qui se fonde sur la réalité d'une participation magique et mystique.

       Cette offrande assez particulière, avec beaucoup d'argent, une denrée rare, qui n'est pas à la portée de tous, et un tissu mortuaire, est perçue comme une offre symbolique de mort, où le mendiant recevant l'offrande devient le bouc émissaire qui " prend " la mort de quelqu'un d'autre.

     En effet, selon la rumeur tenace qui s'est installée, tous les mendiants qui ont accepté de prendre ces offrandes auraient piqué une crise avant de mourir. C'est pourquoi la presse a baptisé ces offrandes " les offrandes de la mort " . Cette rumeur a créé la panique chez les mendiants en rendant ainsi suspects tous les donneurs d'offrandes en leur prêtant les pires intentions, en particulier les conducteurs de véhicules 4x4 aux vitres teintées.

   Nulle part cependant, il n'a été constaté un pareil phénomène, bien que des individus suspectés aient été poursuivis et malmenés. Il devenait extrêmement dangereux d'offrir de la viande, car cela était quasiment assimilé à commettre un crime.

                                            Ibrahima Sow, Le Maraboutage au Senegal, IFANCAD, 2013.

**28 janvier 2010, « Sénégal/Rumeurs: L'offrande mort (Viande+percale) installe la panique dans tout le pays».

III. Quelques axes de lecture

- Bienvenue au pays des paradoxes

- La question de " l'imaginaire collectif"

- Le poids des rumeurs

- L'explication des " offrandes de la mort"

- Leur devant un verbe

Les adverbes en "-amment" ou "-emment"

Analyse de la phrase : La fonction qui est réservée aux mendiants est des plus ambigus.

IV. Insistons sur :

  1. La proposition subordonnée relative complète un nom. Elle est introduite par un pronom relatif : qui, que, quoi, dont, où, lequel et ses dérivés (laquelle, lesquels etc.), ...

Exemple : « La pluralité des mendiants qui hantent les capitales africaines ne se justifie pas uniquement par la pauvreté, mais par ce besoin constant et quotidien des Sénégalais qui les lie à l'offrande et au sacrifice … »

  1. Le gérondif est la locution formée par la préposition en et le participe présent. Exemple : « en les obligeant à se cantonner devant les mosquées. »

  1. Le pronom personnel « leur » devant un verbe

Placé devant un verbe,  le pronom personnel " leur" , est invariable.

Exemple : « Les mendiants leur sont nécessaires pour que s'accomplissent leurs diverses pratiques magiques et mystiques. »

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27/09/2026

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Date de dernière mise à jour : Sunday 27 September 2026

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